Trois nuits d’émeutes dans plusieurs villes des Pays-Bas ont laissé un pays en état de choc. Protestations contre le couvre-feu ou violence urbaine gratuite ? Il faut se garder des analyses trop rapides.

Arrestation d’un émeutier, lundi soir à Rotterdam, lors de la troisième nuit consécutive de violences urbaines comme les Pays-Bas n’en ont pas connu depuis 40 ans.
Arrestation d’un émeutier, lundi soir à Rotterdam, lors de la troisième nuit consécutive de violences urbaines comme les Pays-Bas n’en ont pas connu depuis 40 ans. © AFP / Marco de Swart / ANP / AFP

Du jamais vu depuis quarante ans, disent les Néerlandais. Affrontements violents avec les policiers, dégradations de mobilier urbain, pillages de magasins, arrestation de plusieurs centaines de personnes… les principales villes des Pays-Bas ont connu, trois nuits durant, des émeutes inédites. La nuit dernière a été plus calme grâce à un important déploiement policier.

Le détonateur a été le couvre-feu imposé depuis ce weekend à partir de 21h pour lutter contre la résurgence du covid-19 ; une mesure exceptionnelle aux Pays-Bas puisque le précédent couvre-feu remonte à l’occupation nazie ! 

Mais il faut se garder des analyses trop simplistes qui feraient de ces émeutes une pure expression de colère contre les restrictions dues au covid. Les premiers appels à protester contre le couvre-feu sont apparus sur les réseaux sociaux d’extrême-droite, à Amsterdam et Eindhoven, entremêlés de complotisme et de fantasmes en tous genres. Mais de nombreux témoignages font état de l’absence de revendications politiques dans la plupart des villes.

Des hooligans du football aux jeunes de quartiers défavorisés, en passant par des casseurs ou pillards opportunistes, tout s’est passé comme si la brèche ouverte, des groupes très divers, et très jeunes, s’y étaient engouffrés.

C’est le choc aux Pays-Bas, où de telles scènes de violence urbaine sont totalement inhabituelles. Du premier ministre libéral Mark Rutte, au maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, élu de gauche d’origine marocaine, les appels à la fermeté contre les émeutiers se sont multipliés. « Les émeutes n’ont rien à voir avec un combat pour la liberté », a tweeté Mark Rutte.

Il y a également un effet d’optique trompeur à voir se multiplier les incidents violents liés au covid-19 dans plusieurs pays. Or il n’y a strictement aucun rapport entre les émeutiers des Pays-Bas et ceux des quartiers juifs ultra-orthodoxes d’Israël opposés au confinement qui restreint leur pratique religieuse ; ou encore ces habitants de Tripoli, dans le nord du Liban, pays en crise économique et sociale profonde, qui protestaient ces derniers jours contre de nouvelles restrictions alors que leur vie est déjà difficile.

Le point commun est néanmoins ce que la pandémie crée dans le monde : un stress global et individuel de plus en plus difficile à vivre.

Depuis un an, le monde entier vit une situation inédite par son ampleur et sa simultanéité, aux conséquences économiques, sociales, mais aussi psychologiques considérables.

Le plus déstabilisant est sans doute ce sentiment répété d’espoir et de désillusions. Les Pays-Bas ont d’autant plus vécu ces émotions en dent de scie qu’ils ont changé de stratégie en cours de route, après avoir été tentés par la « voie suédoise » de l’immunité collective.

Les individus comme les sociétés vivent un « stress test » grandeur nature, qui parfois, révèle nos fêlures, y compris dans les pays d’apparence plus consensuels. Les Pays-Bas ne sont ni une exception, ni nécessairement le signe des temps à venir.

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