Tout est simple. A entendre Condoleeza Rice, une nouvelle ère a commencé le 11 septembre, un événement, disait-elle, hier, devant l’Institut international d’études stratégiques de Londres, qui n’a pas moins modifié la vision stratégique des Etats-Unis que ne l’avait fait Pearl Harbor, le bombardement japonais de 1941 à la suite duquel l’Amérique était entrée en guerre. Depuis le 11 septembre, explique la conseillère de Georges Bush pour les affaires de sécurité nationale, les grandes puissances mondiales sont du même côté de la « faille apparue » entre forces de l’ordre et du chaos, entre ceux qui adhèrent aux valeurs de la liberté, économique et politique, et les autres, les forces du terrorisme si l’on comprend bien ce qui n’est pas clairement dit. Dès lors, demande Mme Rice, pourquoi vouloir un monde multipolaire, une « théorie de la rivalité », dit-elle en interpellant implicitement la France, alors que s’impose l’unité des démocraties, des Etats-Unis et de l’Europe au premier chef, et que l’objectif est de créer « un rapport de forces en faveur de la liberté » ? Il y a trois réponses à cette question. La première est qu’on peut partager des valeurs sans que vos intérêts, pour autant, se confondent. Condoleeza Rice peut faire semblant d’ignorer ce qu’elle sait parfaitement bien mais les deux superpuissances économiques que sont les Etats-Unis et l’Europe sont en concurrence. Nos industries, nos agricultures, nos cultures se combattent sur le marché mondial et bientôt, déjà, d’autres grands ensembles, l’Inde, le Brésil, la Chine, seront partie prenante à cette bataille sans merci. Dans cette situation qui est un fait, où les emplois et les économies, nos avenirs, sont tellement en jeu que les Etats-Unis n’hésitent pas à utiliser leur puissance militaire pour faire prévaloir leurs intérêts industriels, il s’agit d’organiser la compétition, de lui fixer des règles communes, et non pas de faire comme si elle n’existait pas ce qui revient à demander à l’Europe de se contenter d’un rôle de sous-traitant de l’Amérique. Le terrorisme, les dictatures et la prolifération nucléaire sont de vrais problèmes. Ils ne peuvent et ne doivent pas devenir une obligation de soumission à la puissance dominante du moment, fut-elle une démocratie. La deuxième réponse à Mme Rice est que les démocraties ne seront fortes qu’à condition d’être exemplaires et que la condition de cette exemplarité est la compétition, politique cette fois-ci. Sans confrontation d’idées, sans ce fondement même de la démocratie, le monde occidental, car c’est bien de lui qu’il s’agit, multipliera les chances de se tromper, courra à cette sclérose qui est la rançon de tout monopole. Ce ne serait pas l’intérêt des Etats-Unis, ce n’est pas celui de l’Europe, ce n’est pas celui de la liberté, et puis, enfin, si Mme Rice sacralise tant l’unité des démocraties pourquoi le principe de base de son administration est-il que la concertation avec les alliés n’est contraignante que pour autant qu’ils soient d’accord avec ce qu’ont préalablement décidé les Etats-Unis ? « Qui m’aime me suive ! » n’est pas la définition de l’unité.

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