Ce n’est que trop clair, trop évident, trop habituel. Si trois des groupes palestiniens les plus radicaux revendiquent l’enlèvement, dimanche, d’un jeune soldat israélien qu’ils semblent maintenant détenir à Gaza, c’est que la paix marquait des points. Dans cet enlèvement, la cible n’est ni ce conscrit ni l’armée israélienne. Ce n’est pas même Israël mais l’espoir de paix qui se profilait depuis que le Président palestinien, Mahmoud Abbas, avait annoncé qu’il appellerait, fin juillet, la population des Territoires à se prononcer par référendum sur un règlement prévoyant la coexistence de deux Etats le long des frontières de 1967. Elaboré par des prisonniers palestiniens de toutes tendances détenus en Israël, ce plan avait tant de chances de recueillir une solide majorité de « oui » que les islamistes du Hamas, aux commandes gouvernementales depuis les élections de janvier, s’étaient résolus à s’y rallier sous conditions afin d’éviter la tenue du référendum. Ils négociaient à cet effet avec le Président palestinien qui était prêt à amender ce texte sur des points de détail à condition que le Hamas le laisse entamer des pourparlers avec Israël sur la base d’une reconnaissance réciproque. Difficiles, longues, tendues, ces négociations inter-palestiniennes étaient, pourtant, sur le point d’aboutir car la plupart des ministres du Hamas, le Premier ministre en tête, en étaient venus à considérer qu’ils n’avaient rien à perdre à laisser Mahmoud Abbas tenter d’obtenir un règlement négocié. S’il échouait, c’était son échec. S’il réussissait et que la population palestinienne approuvait ce règlement, le Hamas pouvait alors se soumettre à la volonté populaire et se sortir de l’impasse dans laquelle il se trouve. Jamais depuis les Accords d’Oslo, les espoirs de paix n’avaient été aussi grands et c’est ce qui était insupportable aux plus maximalistes des Palestiniens qui préfèrent l’espoir de détruire un jour Israël à la perspective de tout compromis que ce soit. Le Hamas lui-même était déchiré. Ce sont ses divisions qui bloquaient les négociations avec Mahmoud Abbas mais la Raison l’emportant jour après jour, un accord se profilant pour le début de cette semaine, les radicaux ont renversé la table. Ils savaient qu’en enlevant un soldat israélien et en demandant à l’échanger, ils s’attireraient le soutien des familles des détenus, provoqueraient le refus du gouvernement israélien et des préparatifs de représailles militaires, réenclencheraient le cycle de la violence et de la haine et torpilleraient l’espoir. Depuis hier, troupes et chars israéliens sont massés le long de la bande Gaza. Une incursion militaire dans ce Territoire évacué l’année dernière par Israël ferait de nombreuses victimes. C’est l’instant de tous les dangers sauf… sauf si Mahmoud Abbas et les ministres du Hamas parviennent à localiser le lieu de détention de ce soldat, à le libérer vivant et à le remettre à Israël. Cette crise aurait alors précipité le rapprochement inter-palestinien et accru les chances de la paix. C’est le scénario rose mais, s’il n’est pas encore totalement exclu, les chances qu’il se réalise sont minces.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.