Le poids croissant des Verts allemands :

Toute la presse allemande était là et ce fut oui. A l’issue d’un congrès extraordinaire, les Grünen, les Verts, ont décidé samedi que leurs députés appuieraient, jeudi prochain, la proposition d’Angela Merkel de renoncer à l’énergie nucléaire sur dix ans et de fermer la dernière centrale du pays en 2022 au plus tard. Les plus radicaux des Verts allemands auraient souhaité que leur parti ne se rallie pas ainsi à la droite car ils estimaient que la sortie du nucléaire pouvait se faire en six ans et que ce n’était pas à eux d’approuver ce qu’ils considèrent être une inutile et dangereuse tergiversation. Ils ont développé leur position sous les cameras, devant toute l’Allemagne, mais c’est la direction du parti qui l’a emporté en faisant valoir qu’Angela Merkel s’était rendue aux arguments des Verts en abandonnant son projet de relance du programme nucléaire après l’accident de Fukushima, qu’il ne fallait donc pas risquer qu’une seule voix lui manque et que le maximalisme, surtout, ne devait pas contribuer à faire oublier cette éclatante victoire d’un mouvement qui se bat sur cet objectif depuis près de quarante ans. Ce vote marque un tournant pour trois raisons. La première est que c’est à l’unanimité de ses plus grands courants politiques – droite, gauche et Verts – que la République fédérale va maintenant, et très vite, tourner le dos au nucléaire avec un soutien massif de l’opinion publique allemande, qu’elle va le faire après la Suisse et l’Italie, qu’une dynamique s’instaure en Europe et que la France y aura de plus en plus de mal à camper sur un choix qui n’est plus celui de ses voisins et dont les socialistes et l’ensemble de la gauche s’éloignent à grands pas. Qu’elle soit sage ou malavisée, cette évolution est extrêmement profonde, peut-être irréversible et aura de lourdes conséquences pour l’industrie française qui est à la pointe mondiale de l’énergie nucléaire. La deuxième conséquence de ce vote est qu’il installe toujours plus les Verts allemands, mouvement marginal à ses débuts des années 70, dans une position de parti de gouvernement qu’il avait conquise en gouvernant avec les sociaux-démocrates de 1998 à 2005 et qu’il a confirmée samedi en préférant le consensus national au jusqu’auboutisme. Avec près d’un quart des intentions de vote dans les sondages, les Grünen pèsent désormais autant que les démocrates chrétiens et les sociaux-démocrates, ils jouent dans la même cour que les deux grandes formations traditionnelles et forment un nouveau centre, particulièrement puissant dans les classes moyennes urbaines. Troisième raison de son importance, le vote de samedi a en conséquence conduit les Allemands à s’interroger sur la possibilité de voir les Verts former une coalition avec la droite à l’issue des élections de 2013. Ce n’est pas du tout là le premier choix de leurs militants dont l’écrasante majorité se situe à gauche mais si les Verts et les sociaux-démocrates n’étaient pas en situation de former une coalition majoritaire dans deux ans, la question se poserait inéluctablement car les démocrates chrétiens auraient alors sans doute besoin d’eux pour atteindre une majorité parlementaire. L’échiquier allemand est en redéfinition et, là aussi, l’Allemagne pourrait bien être à l’avant-garde de l’Europe.

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