Aung San Suu Kyi
Aung San Suu Kyi © Eddie Gallacher/Alpha Press/Maxppp

Quand ils ont du sortir de l’impasse dans laquelle ils s’étaient placés, elle était là. Auréolée de la résistance pacifique qu’elle leur opposait depuis 25 ans, Aung San Suu Kyi était la seule personne sur laquelle les militaires birmans au pouvoir depuis 1962 pouvaient s’appuyer pour organiser une transition pacifique et éviter que le pays ne sombre toujours plus dans la ruine.

Elle aurait alors pu refuser de les aider, ne pas vouloir se compromettre en saisissant la main qu’ils lui tendaient après l’avoir assignée à résidence quinze ans durant et avoir emprisonné, torturé, tué ses partisans, mais la dame de Rangoon est une patriote, fille du père de l’indépendance nationale, et une sage qui n’a pas reçu sans raisons le Prix de Nobel de la paix.

Mieux valaient les incertitudes de cette transition que d’autres années de misère et de sang. Mieux valaient de lents progrès bien trop partiels que la prolongation d’un face-à-face qui aurait fini par mener à de nouvelles explosions de violence et, quand elle se fut convaincue que Thein Sein, ce militaire, cette figure de la junte devenue président il y a quinze mois, voulait vraiment changer les choses, elle su prendre sur elle et l’épauler de son prestige national et international.

Sans doute est-ce ce qu’elle a fait de plus grand et de plus noble dans sa vie qui n’est que noblesse et courage.

Le pari était risqué mais les Birmans l’ont si bien compris et approuvé qu’ils ont donné à son parti 43 des 44 sièges qui étaient en lice aux législatives partielles d’avril dernier. Plus que jamais, Aung San Suu Kyi est soutenue par son peuple et portée par l’admiration que lui voue le monde mais les prochaines élections n’auront lieu qu’en 2015 et, maintenant qu’un espoir s’est levé, maintenant que la Birmanie attend tout d’elle alors qu’elle n’a pas l’ombre d’un pouvoir, il sera difficile de ne pas décevoir et de faire patienter un peuple qui a si longtemps dû serrer les dents.

Or ce n’est pas seulement qu’il faut à la fois maintenir une pression sur les militaires et ne rien brusquer. C’est aussi, c’est surtout, que les décennies de dictature et de totale fermeture du pays ont fait prendre un demi-siècle de retard à la Birmanie. Tout est à faire, à créer, à rattraper et, pire encore, ce pays n’a pas su unifier son territoire depuis la fin de la colonisation britannique en 1947.

Kachin, Chan, Karen, Chin et bien d’autres encore, la Birmanie reste une mosaïque de peuples tentés par l’autonomie voire l’indépendance et leurs guérillas n’ont jamais vraiment cessé, par intermittence seulement, depuis qu’elles avaient servi de prétexte au militaires pour imposer leur pouvoir. La Birmanie n’est pas seulement à reconstruire. Elle est à unifier en surmontant les rancœurs et les défiances qui divisent ses peuples. Pour Aung San Suu Kyi, les difficultés ne font que commencer et elle a beaucoup plus besoin d’aide que de déférence, d’appuis internationaux concrets que d’ovations émues.

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