Un week-end de tous les dangers s’ouvre demain en Egypte. L’opposition a appelé à descendre dans les rues dimanche, jour du premier anniversaire de l’entrée en fonction du président Mohamed Morsi, un islamiste contre lequel elle aurait fait signer à quinze millions de personnes une pétition demandant sa démission.

Les manifestants seront donc nombreux et déterminés à se faire entendre. Les Frères musulmans, le mouvement dont le président est issu, ont appelé de leur côté à une contre-manifestation de soutien au chef de l’Etat et, si les cortèges se croisent, il y a tout lieu de craindre que le sang ne coule, comme cela s’est produit, hier, dans le delta du Nil où une bataille rangée entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi a fait deux morts et quelques 90 blessés.

C’est le premier danger, la violence, mais le plus inquiétant est que ce week-end pourrait préluder à une période de troubles prolongés que l’armée a d’ores et déjà dit qu’elle ne laisserait pas s’étendre sans réagir. Ecartée du pouvoir par la révolution qui avait contraint Hosni Moubarak à la démission en février 2011, l’armée a mobilisé des chars et se tient prête à intervenir, certainement pour rétablir l’ordre mais sans doute aussi pour tenter de revenir sur le devant de la scène en se faisant l’arbitre de la situation.

Mohamed Morsi n’avait en ce sens pas tort de dire hier, devant ses partisans, que « la polarisation politique avait atteint un tel degré » qu’elle menaçait « l’expérience démocratique naissante de l’Egypte » et pouvait entraîner tout le pays dans le chaos mais comment en est-on arrivé là ?

La réponse est que la chute de la dictature a mis deux Egypte face-à-face. Il y a d’un côté une Egypte conservatrice et pieuse, non pas du tout djihadiste mais profondément traditionnaliste, celle qui avait élu Mohamed Morsi. De l’autre, il y a une Egypte du 21ième siècle, moderne et très occidentalisée, extrêmement semblable à la Turquie qui était descendue dans les rues ces dernières semaines, et qui ne peut simplement pas admettre, majorité électorale ou pas, d’être gouvernée par un parti dont elle craint qu’il ne menace sa culture et son style de vie et qu’elle regarde, pour tout dire, comme un ramassis de ploucs arriérés.

Il y a plus d’un an que ces deux Egypte, sensiblement égales numériquement parlant, étaient en lutte permanente mais la seconde a maintenant été renforcée par le mécontentement social qu’a provoqué l’effondrement de l’économie égyptienne. Médecins ou retraités, enseignants ou ouvriers, paysans ou artistes, il n’y a plus un seul milieu socio-professionnel qui ne soit touché par la crise et ces difficultés économiques grossissent à la fois les rangs des islamistes les plus extrémistes et de l’opposition laïque dans laquelle se retrouvent mêlés de fait, quelle que soit leur hostilité réciproque, les partisans de l’ancien régime et la jeunesse urbaine qui l’avait fait tomber.

L’Egypte se fracture et ce centre de l’échiquier politique qu’en sont si paradoxalement venus à constituer les Frères musulmans et leur président a de plus en plus de mal à se maintenir à flot dans la tempête.

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