L'événement est passé un peu inaperçu... La paix entre les FARC, et le gouvernement a donc été scellée à La Havane après 3 années d'épuisantes négociations.

Par Anthony Bellanger

D'abord parce que c'est une excellente nouvelle et qu'en ces temps de Brexit, de guerre en Syrie, de poussée des populismes, ça s'apprécie une bonne nouvelle, même en provenance de la lointaine Colombie et ses 50M d'habitants, tout de même.

D'autant plus que la Colombie, c'était un peu le trou noir de l'Amérique latine : entre les narcos et une guerre civile larvée qui durait depuis plus d'un petit siècle et qui a fait des milliers de victimes et des millions de déplacés, rien de bon ne semblait en sortir.

Jeudi dernier, le 23 juin, la paix entre la principale guérilla marxiste, les Forces Armées révolutionnaires de Colombie, les FARC, et le gouvernement de Juan Manuel Santos a donc été scellée à La Havane après 3 années et demie d'épuisantes négociations.

Pourquoi cela a-t-il duré aussi longtemps ?

C'est tout bête : les négociations précédentes avaient toutes échouées notamment sur ce problème d'échéance. Les présidents colombiens successifs ayant un mandat limité dans le temps avaient tous mis des dates butoirs, évidemment jamais respectées.

Juan Manuel Santos, lui, a appliqué à la lettre l'axiome mitterrandien ; « laisser du temps au temps ». C'est important, parce qu'une négociation entre ennemis ne peut réussir QUE si les parties ont l'impression qu'elles n'obtiendront pas mieux en se battant.

Il a donc fallu 3 ans et demi pour que les FARC se rendent compte que leur affaiblissement était durable. D'une part, l'armée colombienne les a militairement affaiblis, d'autre part leur parrain régional, le Venezuela, s'est effondré.

Enfin, les derniers à pouvoir les soutenir, les Cubains, sont eux-même engagés dans une réconciliation avec les Etats-Unis. Donc les FARC, esseulées, affaiblies militairement et politiquement n'avaient plus, pour sortir par le haut, qu'à conclure la paix.

Et les Etats-Unis, justement, quel rôle ont-ils joués ?

Justement, il faut comprendre qu'un processus de paix, ce n'est pas un tango, qui se danse à deux, mais un menuet, c'est-à-dire à plusieurs. Et l'un des maîtres à danser a justement été Barack Obama. Il est intervenu de deux manières.

D'une part, il a appuyé politiquement et financièrement ces discussions. Enfin, il a mis en sourdine la guerre contre la drogue, qui consistait à multiplier l'épandage d'herbicide et les opérations militaires précisément dans les régions occupées par les FARC.

Du coup, les FARC ont pu tranquillement mettre en ordre leurs petites affaires juteuses de narcotrafiquants histoire d'une part d'enrichir grassement leurs dirigeants et, d'autre part, de financer le futur parti politique prévu par les accords de paix.

Donc, pour réussir une paix, il faut beaucoup de temps, et un balai bien réglé qui mêle à la fois des protagonistes épuisés par les combats et des parrains bien disposés. A ces conditions, le menuet qu'on appellera « pourvu que ça dure » peut commencer.

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