Demain, la Russie confirmera son ancrage à l’Ouest. En resserrant ses liens avec l’Otan, en passant du statut de simple partenaire à celui de membre de ce « conseil conjoint » qui sera mis en place à Rome, elle réitère, treize ans bientôt après la chute du Mur de Berlin, sa volonté de collaboration avec l’Alliance atlantique, avec l’Europe et les Etats-Unis. Il y a, là, pour l’Europe, une chance à saisir, économique et politique. La Russie est aujourd’hui pauvre, ruinée par 70 ans de communisme et achevée par la « thérapie de choc » que ses libéraux et les institutions financières internationales lui avaient imposée au début de la dernière décennie. Plus rien ou presque ne marche en Russie, ni l’industrie ni les hôpitaux, ni la police ni l’école, ni la Justice ni la recherche, mais ce pays dispose encore d’une main-d’œuvre et de cadres qualifiés et d’immenses richesses naturelles, gaz, pétrole et minerais. La Russie pourrait très vite devenir une puissance économique de premier plan mais il lui faut pour cela des investissements et de la technologie, une aide au redémarrage, non pas une aide à fonds perdus mais une assistance qu’elle peut payer, rubis sur l’ongle, en gageant ses matières premières. Cette assistance, l’Europe n’aurait qu’intérêt à la fournir. Ce n’est pas seulement que ses exportations en seraient favorisées, que ses approvisionnements énergétiques en seraient diversifiés, à des prix éventuellement garantis, que le chômage en serait réduit dans ses frontières et sa croissance renforcée. C’est aussi qu’en allant reconstruire la Russie, y former des hommes, des juristes, des techniciens, y développer de nouvelles industries et un réseau ferroviaire connecté au sien, elle s’assurerait pour longtemps une place privilégiée dans le plus grand des pays du monde, un marché de 150 millions d’habitants, qui la projetterait jusqu’aux rives du Pacifique, aux frontières de l’Asie centrale et aux confins de la Chine. Economiquement parlant nous aurions tout à gagner à cette ambition mais elle affirmerait, dans le même temps, l’Europe politique. Non seulement l’Union trouverait son premier grand œuvre dans un tel projet, non seulement elle apprendrait dans cette entreprise à réfléchir, travailler et répartir les tâches à une tout autre échelle que dans Airbus, mais c’est le continent entier, l’Europe continent, qu’elle organiserait alors, des côtes atlantiques aux côtes pacifiques. En s’attelant à cela, l’Union européenne, ferait d’elle-même plus qu’une puissance largement égale aux Etats-Unis. Elle deviendrait un aimant économique et politique pour tous les autres continents qui, tous, cherchent à sortir de leur tête-à-tête avec les Etats-Unis. Cette intuition de la « maison commune européenne », Mikhaïl Gorbatchev l’avait eue dès la fin des années 80. Romano Prodi, le Président de la Commission européenne en avait relancé l’idée l’année dernière et c’est maintenant Silvio Berlusconi, le Président du Conseil italien qui vient d’appeler, hier, à s’y mettre, graduellement mais sans tarder. Il est en effet temps. Treize ans de réflexion, ça suffit.

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