Rien de « nouveau ni de surprenant », a-t-on estimé à Jérusalem et ce n’est pas faux. Tout ce que Georges Bush a déclaré, hier, en recevant le Président palestinien, il l’avait déjà dit ces derniers mois, et à plusieurs reprises, mais Mahmoud Abbas était, là, reçu à la Maison-Blanche après l’avoir été au Congrès, c’est devant lui que s’exprimait le Président américain, c’est avec lui qu’il tenait une conférence de presse, côte à côté, chaleureuse, et ce contexte donnait au texte une force non pas surprenante mais certainement nouvelle. Mahmoud Abbas en avait besoin. Il n’a pas cessé, depuis son élection d’oeuvrer à la fin des violences. Il a conclu un cessez-le-feu avec Ariel Sharon. Il a ensuite obtenu des groupes palestiniens les plus radicaux, et du Hamas en particulier, qu’ils observent une période d’accalmie qui n’a pas été rompue. Il a multiplié les gestes et déclarations de conciliation vis-à-vis d’Israël. Il a, en un mot, rouvert les chemins de la paix mais n’a guère été payé de retour. La colonisation n’a pas été vraiment stoppée, pas vraiment développée non plus mais le coup d’arrêt net, clair, indiscutable qui se serait imposé n’est pas intervenu. La construction du mur, ou de la barrière de sécurité, se poursuit. Plus grave encore, les libérations de prisonniers sur lesquelles Ariel Sharon s’était engagé traînent en longueur. On sait pourquoi. Désormais haï par son propre parti, à la merci permanente d’un renversement de son gouvernement malgré le soutien des Travaillistes, Ariel Sharon marche sur des œufs, tout entier tendu dans le succès de l’évacuation de Gaza qu’il doit mener à bien cet été. Cela lui interdit de prendre le moindre risque de braquer sa droite mais, difficultés israéliennes ou pas, tout cela fragilise la position de Mahmoud Abbas, en danger permanent, lui aussi, de se faire déstabiliser par ses propres radicaux qui marquent chaque jour des points politiques – pour la bonne et très paradoxale raison qu’ils ont mis la violence entre parenthèses. Il était donc vital pour Mahmoud Abbas de s’entendre dire à Washington, par Georges Bush, dans les jardins de la Maison-Blanche et devant les cameras de télévision, que l’objectif des Etats-Unis était et restait l’application de la Feuille de route, du plan international menant à la création d’un Etat palestinien, que ce n’était pas Gaza point à la ligne mais Gaza, d’abord, Gaza comme première étape d’une restitution de l’ensemble des territoires occupés. Pour le Président palestinien, pour les chances, donc, d’une paix globale et définitive, l’enjeu était de taille et deux fois au moins les mots clé – « feuille de route » sont revenus dans la bouche de Georges Bush qui avait reçu son hôte en se disant « honoré de l’accueillir à un moment où la création d’un Etat palestinien est à portée de main ». « Portée de main », cela reste à voir mais si l’on peut s’interroger, pas forcément en douter, mais s’interroger sur la volonté d’Ariel Sharon de rendre la Cisjordanie aux Palestiniens, on ne peut plus ignorer que Georges Bush le veuille, ne serait-ce qu’à cause de la situation irakienne. C’est là l’essentiel. C’est ce qui fait l’importance de ces embrassades americano-palestiniennes.

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