Quand la politique intérieure la prend en otage, la politique étrangère s’en ressent. En 2005, lors du débat sur le projet de traité européen, Jacques Chirac avait voulu enlever un argument aux partisans du « non » en faisant inscrire dans la Constitution que les Français seraient consultés, par référendum, sur tout nouvel élargissement de l’Union. Aucun pays n’était nommément visé mais il voulait ainsi rassurer les opposants, clairement majoritaires, à une entrée de la Turquie dans l’Europe. Cela n’avait pas empêché le « non » de l’emporter mais le rejet de la candidature turque était si net que le candidat Sarkozy, autant par conviction que par désir de plaire, en avait fait un thème de campagne, jurant que, lui président, la Turquie ne ferait jamais partie de l’Union. Nicolas Sarkozy a été élu. Il a découvert, alors, que d’autres pays européens tenaient aussi mordicus à l’entrée de la Turquie que lui la refusait et que, s’il bloquait les négociations d’adhésion, d’autres dossiers, d’intérêt bien plus vital pour la France, le seraient aussi. Casse-tête. Gamberges à l’Elysée et l’on croit trouver une solution. La France ne s’opposera qu’à l’ouverture des chapitres de la négociation menant inéluctablement à une adhésion et pas aux autres. C’était habile. Cela conciliait tout et renvoyait le problème à dans dix ans au moins mais le Quai d’Orsay a fait aussitôt valoir qu’il n’y avait pas que la candidature turque. Il y en a d’autres, plus consensuelles, plus avancées, a-t-il dit, et la diplomatie française se décrédibiliserait totalement si elles étaient rejetées pour la simple raison que les électeurs voulaient dire « non » au pouvoir pour de tout autres raisons. Bon sang mais c’est bien sûr ! Migraine élyséenne et, bon gré, mal gré, Nicolas Sarkozy accepte de profiter du projet de réformes institutionnelles pour passe la disposition Chirac à la trappe. > dr> C’était plus abrupt mais beaucoup trop, justement, pour de nombreux de députés de la majorité. Par conviction, par crainte de perdre leur siège ou les deux, ils se sont rebellés contre le président et proposent un amendement qui maintiendrait l’obligation de référendum sur l’adhésion d’un pays représentant plus de 5% de la population de l’Union. Cela pourrait viser l’Ukraine mais cela ne vise, évidemment, que la Turquie. La France va là contre ses intérêts avec une stupéfiante ardeur. On peut être contre l’adhésion turque. On peut également être pour mais, quels soient les arguments des uns et des autres, la France ne peut pas, ne devrait en tout cas pas, s’obstiner ainsi à gifler les Turcs, à dresser contre elle un des rares pays dont l’élite soit encore francophone, une puissance en pleine croissance économique où les entreprises françaises pourraient avoir tant d’atouts et qui est le point de rencontre, surtout, de l’Europe, du Proche-Orient et de l’Asie centrale. Entrée de la Turquie en Europe ou, bien plutôt, de l’Europe en Turquie, le problème ne se posera qu’au successeur du successeur de Nicolas Sarkozy. En attendant, il est parfaitement superflu de se tirer dans le pied.

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