C’est un monstre, un pur et simple monstre, dont l’arrestation a été annoncée hier. Commandant de l’armée serbe de Bosnie, Ratko Mladic s’empare en juillet 1995 de la ville de Srebrenica, enclave musulmane dans la partie de la Bosnie Herzégovine qu’il entendait rattacher à la Serbie et, ce jour-là, il aurait fallu être aveugle pour ne pas comprendre ce qui allait suivre. Il sépare les hommes, adolescents compris, des femmes et des enfants dont il caresse mécaniquement les joues pendant que ses soldats leur distribuent des chocolats. Les femmes et les enfants sont placés dans des bus qui les éloignent de la ville. Les hommes disparaissent, emmenés en forêt, regroupés par petits groupes et le massacre commence, systématique, à l’arme lourde, devant des fosses communes dans lesquelles ils tombent, plus de huit mille hommes en tout, froidement assassinés sur ordre du général Mladic. C’est de loin le plus grand crime commis dans l’Europe d’après guerre et il y a donc toute raison de se réjouir de cette arrestation, comme l’ont fait les présidents américain et français, le secrétaire-général de l’Onu ou le président de la Commission européenne. Mladic sera maintenant jugé, à La Haye, par le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie. Il n’y aura pas de peine trop lourde pour ce monstre froid mais… Mais il y a un mais. Derrière ce crime et celui qui l’a commis, il y a des responsabilités politiques. Il y a celles de Slobodan Milosevic qui dirigeait la Yougoslavie au moment de son éclatement et qui n’a jamais rien fait pour empêcher ou même réfréner la barbarie de ses partisans. Il y a celle de Radovan Karadzic, président des Serbes de Bosnie, l’homme qui avait nommé Mladic. Le premier s’est éteint dans sa cellule de La Haye. Le second y attend son jugement mais à côté de ces responsables serbes, d’autres dirigeants de l’époque, occidentaux ceux-là, devraient avoir à répondre, moralement au moins, du crime de Srebrenica auquel a conduit leur cécité politique. Lorsque la Yougoslavie éclate et que les Occidentaux constatent qu’ils ne pourront rien faire pour empêcher son fractionnement, ils décident de transformer en frontières internationales les frontières intérieures de ce pays fédéral. C’était plus simple que de négocier ou imposer des échanges de territoires mais le problème est qu’on était dans un moment de passions nationalistes, que les peuples de la Fédération étaient mêlés dans chacune de ses républiques constitutives et que peu de gens acceptaient de devenir minoritaires dans ces républiques accédant à l’indépendance. Tout comme les Croates voulaient une grand Croatie, les Serbes voulaient une grande Serbie, un Etat nation dans lequel se regrouper. Il n’y avait rien là, en soi, de criminel ni d’aberrant mais les Occidentaux ont décidé de maintenir une Bosnie unitaire, par la force mais sans s’en donner les moyens. C’est ainsi que la guerre a duré en Bosnie, que Mladic a étoffé son armée dont les méfaits étaient connus et que les Occidentaux n’ont pas bougé lorsqu’il s’est emparé de Srebrenica alors qu’on pouvait évidemment prévoir ce qui s’y est passé. Cela s’appelle une responsabilité politique mais seule, un jour, l’histoire la jugera.

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