L’Union voudrait éviter d’afficher la profondeur de ses désaccords sur la crise syrienne. Ses 27 ministres des Affaires étrangères vont donc tenter aujourd’hui, à Bruxelles, de trouver un compromis entre des positions pourtant difficilement conciliables.

D’un côté, la France et la Grande-Bretagne souhaitent une levée de l’embargo européen sur les livraisons d’armes à ce pays, c'est-à-dire, concrètement, que l’Union autorise ceux de ses Etats qui le veulent à armer l’insurrection. Après l’avoir vigoureusement souhaité puis avoir fait machine arrière, Paris et Londres le souhaitent à nouveau car ce serait, y dit-on, le seul moyen de contraindre le régime de Damas à faire de vraies concessions politiques à la conférence de paix qui devrait se tenir le mois prochain, à Genève, à l’initiative des Etats-Unis et de la Fédération de Russie.

A l’inverse, des pays comme l’Autriche, la Suède ou la Finlande s’y opposent avec tout autant de force en répétant que ces armes pourraient tomber entre les mains de djihadistes et en ajoutant maintenant qu’une annonce de livraison d’armes européennes à l’insurrection risquerait de faire avorter la conférence de Genève dont l’organisation reste incertaine.

L’Allemagne et l’Italie semblent, elles ouvertes à un compromis qui pourrait être au mieux, comme le propose la France, que l’Union lève son embargo mais subordonne l’application de cette décision aux résultats de la conférence de paix – ne livre, autrement dit, pas d’armes à l’insurrection si un accord permettant un arrêt des hostilités s’amorçait à Genève.

On saura ce soir ce à quoi l’Union sera parvenue mais, sur le terrain, cette crise s’est considérablement aggravée en trois jours. Tenue par l’insurrection depuis plusieurs mois, la ville de Koussaïr, près la frontière libanaise, est aujourd’hui écrasée par des bombardements incessants de l’aviation syrienne contre lesquels les insurgés ne peuvent rien puisqu’ils ne disposent d’aucune arme anti-aérienne. L’insurrection est au bord d’une défaite qui pourrait être grave pour elle. Le déséquilibre des forces n’a jamais été aussi criant et, au sol, cette offensive est appuyée par des troupes d’élite du Hezbollah, la puissante organisation politico-militaire chiite du Liban qui revendique désormais son engagement dans la bataille et qui est armée par l’Iran dont des conseillers militaires sont également à l’œuvre aux côtés de l’armée syrienne.

Tandis que l’Union s’interroge depuis plus de deux ans sur ce qu’elle doit faire, l’axe chiite est pleinement mobilisé sous la conduite de Téhéran, avec le soutien de la Russie qui continue de livrer des armes au régime de Damas. Face à cet axe chiite, l’insurrection qui est majoritairement sunnite comme l’est la population syrienne ne dispose que de pétoires fournis par le Qatar et transitant par la Turquie. La guerre civile syrienne est d’ores et déjà devenue la guerre de religion régionale qu’on voyait poindre depuis plus d’un an. L’Iran marque des points. A ce rythme, l’Iran finira par l’emporter et a toutes raisons de se convaincre que, si les Occidentaux n’osent pas livrer d’armes à l’insurrection, ils oseront encore moins recourir à la force contre son programme nucléaire.

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