Encore tout auréolé d’une victoire électorale qu’aucun sondage n’avait prédite, David Cameron entame demain une longue tournée européenne. Dans la seule journée de jeudi, le Premier ministre britannique s’entretiendra avec les dirigeants danois, néerlandais et français. Le lendemain, ce sera la Pologne et l’Allemagne avant le reste, tout le reste de l’Union dont il veut obtenir les concessions qui lui permettraient, dit-il, de ne pas appeler à voter « non » au référendum qu’il organisera sous deux ans sur le maintien de la Grande-Bretagne en Europe.

Très bien. Tout pays membre est libre d’avancer ses idées sur l’Union et d’éventuellement la quitter. M. Cameron ne fait qu’exercer ce droit mais le problème est que, loin de clairement poser ses conditions, il s’abstient de les préciser dans l’espoir de plus obtenir d’un chantage au départ que d’une vraie négociation, carte sur table, arguments contre arguments.

Alors non, ça ne va pas.

Il serait malheureux pour l’Union que la Grande-Bretagne en sorte. L’Union en serait amputée d’un grand pays qui est une part essentielle de l’histoire et de la culture européennes. Economiquement et politiquement, l’Union en serait amoindrie sur la scène internationale. Bien que Londres n’ait jamais fait dans l’Union que s’y asseoir sur le frein de l’unité politique, il serait éminemment souhaitable qu’on n’en arrive pas à un « Brexit », un british exit, une sortie britannique, mais le moment est venu de rappeler quelques vérités à ce grand, très grand pays.

Il est temps de lui dire que si sa place financière, la City qui assure une telle part de sa prospérité, est tellement hostile à un brexit, c’est que son premier atout n’est pas le libéralisme de la Grande-Bretagne mais son appartenance à l’Union. Si Londres n’était plus une capitale européenne mais seulement celle du Royaume-Uni, la City ne présenterait plus autant d’intérêt pour les investisseurs financiers et c’est tous les Britanniques qui en souffriraient.

Il est temps de dire à la Grande-Bretagne que son principal apport à l’Union qui était ses armées n’en est plus vraiment un à l’heure où, traumatisée par l’ampleur de son erreur irakienne, elle refuse de s’en servir et les laisse dépérir. Il est temps de lui dire, dans la foulée, qu’elle n’est déjà plus l’alliée privilégiée des Etats-Unis et le serait encore moins si les Américains ne pouvaient plus se servir d’elle pour se faire entendre dans l’Union.

Il est quatrièmement temps de dire à la Grande-Bretagne que le meilleur moyen de sauver sa propre unité ne serait pas de sortir de l’Union alors que l’Ecosse est tellement attachée à l’unité européenne. Il est enfin temps de lui dire que sortie de l’Union, elle n’aurait plus aucune possibilité de peser sur les règles d’un marché commun totalement indispensable à son économie.

Il est vraiment temps de rappeler ces vérités à la Grande-Bretagne, de lui parler vrai et de lui dire que c’est à elle de faire ses choix et non pas à ses partenaires, que l’Union ne souhaite pas son départ, que la discussion est ouverte mais que si elle tient tellement à se tirer une balle dans le pied, libre à elle.

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