Et la réponse à cette question est : oui, cette visite vient trop tard. On a beau souligner que c'est la première fois qu'un président en exercice se rend à Hiroshima, 71 après le

Par Anthony Bellanger.

La visite d'Obama à Hiroshima ne vient-elle pas trop tard ?

Et la réponse à cette question est : oui, cette visite vient trop tard. On a beau souligner que c'est la première fois qu'un président en exercice se rend à Hiroshima, 71 après le bombardement et ses 200 000 morts, au bas mot, c'est trop tard !

C'est trop tard donc pour les victimes, mais aussi pour les Américains, à qui l'on n’a jamais collectivement expliqué ce que les Japonais savent depuis toujours, à savoir qu'Hiroshima et Nagasaki n'ont jamais été utiles militairement.

Tout juste les deux bombes ont-elles hâté la fin des combats. Mais même cela, les Historiens en doutent. Certains expliquent que c'est le bombardement et l'incendie de Tokyo, en mai 1945, 100 000 victimes, qui ont vraiment mis le Japon à genoux.

Si c'est trop tard, pourquoi le faire ?

J'allais presque vous répondre, précisément parce que c'est trop tard et parce que l'enjeu mémoriel ne viendra pas trop troubler l'autre message Obamesque : à savoir l'appel au désarmement nucléaire. Et sur ce sujet, Barack Obama se sent chez lui.

Après tout, il a débuté sa présidence en 2009 par un discours célèbre appelant à l'élimination des armes nucléaires et une initiative dans ce sens qui lui a d'ailleurs valu le prix Nobel de la Paix. L'idée est donc, pour lui, de boucler la boucle.

Le problème, c'est que les chiffres sont têtus : les journaux américains se sont par exemple de lui rappeler que, sous sa présidence, jamais on avait si peu retiré de têtes nucléaires depuis la fin de la guerre froide : 109 de moins en 2015.

Une misère lorsqu'on sait que les Américains concentrent à eux-seuls une petite moitié de 10 000 bombes nucléaires du monde. Je dis 10 000, mais c'est un chiffre extrêmement conservateur. Certains parlent plutôt de 15 000 bombes.

On a même plutôt l'impression d'un retour en force de l'arme nucléaire...

Oui et non, vous commencez à me connaître. Oui, lorsqu'on voit les efforts délirants d'un pays comme la Corée du Nord pour tenter de l'avoir cette fameuse bombe. Pyongyang y consacrerait 30% de sa richesse nationale !

Oui aussi lorsqu'on voit qu'il a fallu plus de 10 années de négociations et de sanctions pour faire plier l'Iran. Oui enfin lorsqu'on fait les compte :

L’Inde et le Pakistan ne cessent d'augmenter leurs stocks, Israël aussi. Quant à la France et la GB, c'est silence radio. Une situation que dénonce, par exemple, l'ancien ministre de la Défense Paul Quilès.

Et non lorsqu'on regarde le temps long : dans les années 80, au pic de la guerre froide, il y avait, tenez-vous bien, 60 à 70 000 têtes nucléaires sur la planète bleue. En 30a, le stock a donc été divisé par 4, voire 6. Enfin, il y a l'ONU.

Après les mines antipersonnel en 1997, les bombes à fragmentation en 2008, l'ONU veut interdire l'arme nucléaire. Les 2/3 des pays de la planète soutiennent cette initiative, boycottée par les grandes puissances, Etats-Unis en tête.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais, à Washington, comme à Paris d’ailleurs.

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