Le succès du RN arrivé en tête en France n’indique pas une déferlante du courant populiste/extrême droite en Europe. Le courant progresse en sièges, mais pas suffisamment pour peser sur un Parlement qui reste dominé par les pro-européens.

« L’Europe résiste » : les activistes de l’ONG Avaaz ont brandi les lettres formant ce slogan devant le siège des Institutions européennes à Bruxelles, à l’annonce des résultats des élections.
« L’Europe résiste » : les activistes de l’ONG Avaaz ont brandi les lettres formant ce slogan devant le siège des Institutions européennes à Bruxelles, à l’annonce des résultats des élections. © AFP / JOHN THYS / AFP

Prenons un peu de recul par rapport aux résultats français, et regardons à l’échelle de l’Europe. La première conclusion est qu’il n’y a pas eu de vague populiste ou d’extrême droite en Europe : la France est finalement l’un des rares pays où ce courant arrive en tête.

La deuxième conclusion est que les partis pro-européens, dans leur diversité, représentent environ les deux-tiers des sièges du nouveau Parlement européen ; on est donc loin d’un désaveu massif du projet de l’Union, ce qui n’empêche pas les critiques vis-à-vis de sa mise en oeuvre. La poussée des Verts dans plusieurs pays est de ce point de vue l’un des phénomènes les plus significatifs.

La troisième conclusion est que la recomposition politique que nous vivons en France depuis 2017 se retrouve largement à l’échelle continentale. Les deux groupes historiques qui avaient ensemble la majorité depuis vingt ans, les Conservateurs et les socio-démocrates, perdent des dizaines de sièges, et surtout, n’auront plus la majorité absolue. Le jeu politique va donc devoir changer ici aussi, il va devenir plus complexe.

Le groupe auquel appartiennent le Rassemblement National en France, et la Ligue de Matteo Salvini en Italie, connaît une progression ; mais elle n’est pas à la hauteur des ambitions de ses dirigeants qui espéraient peser plus lourdement sur l’équilibre du Parlement. Ca ne sera pas le cas, même s’ils tentent d’organiser des regrooupements.

Surtout, l’extrême droite a souffert plusieurs revers : en Autriche, qui incarnait un « modèle » de gouvernement avec la droite classique, qui a volé en éclat à la suite d’un scandale ; aux Pays-Bas, où l’allié de Marine Le Pen s’est effondré, et au Danemark où il a subi un revers. En Allemagne, l’AFD, le parti anti-migrant, fait moins bien qu’aux élections nationales. Bref, la progression du nombre de sièges anti-européens reflète un bilan plus contrasté, loin de la déferlante annoncée.

A l’extérieur de ce groupe, mais pas moins eurosceptiques, les partis au pouvoir en Pologne et en Hongrie ont gagné chez eux, ce qui leur permettra de résister aux procès en « illibéralisme » qui leur sont faits.

Ce scrutin va obliger à une recomposition politique majeure. Les Conservateurs et les Socio-démocrates ne pourront plus se partager le pouvoir comme ils le font depuis vingt ans. L’inconnue viendra du bloc libéral auquel va se joindre La République en Marche, et dont Emmanuel Macron espère faire le pivot de toute nouvelle majorité, avec l’aide d’une partie de la gauche européenne.

Le premier test viendra dans la désignation du Président de la Commission et du Président du Conseil. Emmanuel Macron et Angela Merkel arriveront au Conseil européen prévu demain à cet effet, affaiblis par leurs résultats électoraux respectifs, et divisés sur les options. Ils seront contraints de faire des compromis.
 

Ces résultats permettent-ils de répondre à la question existentielle sur l’avenir de l’Union ? Pas vraiment, l’échec relatif des anti-européens ne se traduit pas nécessairement en énergie positive. Au moins, l’Europe a encore une chance de se ressaisir, elle ne doit pas la rater.

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