Selon le Pentagone, une dizaine d’avions de combat russes sont arrivés dans l’est de la Libye, pour participer à la guerre civile du côté du maréchal Haftar. De son côté, la Turquie a permis à l’autre camp, celui de Tripoli, de marquer des points militaires.

Des forces loyales au gouvernement de Tripoli paradent dans les rues de la capitale avec un système de défense anti-aérien russe Pantsir capturé aux forces rivales du maréchal Haftar, le 20 mai 2020.
Des forces loyales au gouvernement de Tripoli paradent dans les rues de la capitale avec un système de défense anti-aérien russe Pantsir capturé aux forces rivales du maréchal Haftar, le 20 mai 2020. © AFP / Mahmud TURKIA / AFP

C’est un communiqué du commandement américain, accompagné de photos satellite, qui l’affirme : des avions de combat russes se sont posés en Libye, pour participer à la guerre civile. Les Américains ont retracé la route suivie par la dizaine d’appareils Migs et Sukhoi : partis de Russie, une escale en Iran, puis un arrêt en Syrie où ils ont été repeints pour effacer leur origine, et enfin leur destination, l’Est de la Libye.

Ces avions seraient pilotés par des « mercenaires », employés de la société de sécurité privée russe « Wagner » qui envoie déjà des centaines de combattants en Libye, du côté du maréchal Khalifa Haftar, le chef militaire qui tente de prendre la capitale, Tripoli.

Les Américains se tiennent d’ordinaire à bonne distance du conflit libyen, mais ils ont choisi cette fois de communiquer abondamment sur cette escalade russe. L’an dernier, Donald Trump avait semblé pencher pour le maréchal Haftar qu’il avait eu au téléphone. Aujourd’hui, le Pentagone dénonce l’ingérence russe, un virage plus légitimiste en faveur du gouvernement de Tripoli, reconnu internationalement.

La Libye est devenue la « nouvelle Syrie », c’est-à-dire le terrain d’affrontement de puissances en quête d’influence. 

L’expérience syrienne a montré à Vladimir Poutine qu’il pouvait, à relativement peu de frais, s’engouffrer dans le vide stratégique laissé par les États-Unis ; il récidive dans le maelström libyen, dans le même camp que les Émirats arabes unis, l’Égypte, et, plus discrètement, la France.

L’autre pays qui a sérieusement fait monter les enchères en Libye, c’est la Turquie, qui s’est positionnée en défense du Premier ministre Fayez Sarraj. L’armée turque a volé au secours du gouvernement assiégé de Tripoli, directement et en lui envoyant des milliers de mercenaires, des miliciens islamistes syriens payés.

Les drones turcs ont fait parler d’eux récemment, en détruisant des Pantsir, des systèmes anti-aériens russes qui défendaient une base du maréchal Haftar dans l’ouest de la Libye, et qui a été capturée par l’armée de Tripoli ; un revers de taille pour ce vieux chef militaire qui pensait la capitale à portée de mains.

Jusqu’où ira l’escalade ? Jusqu’ici, chaque pas d’un côté a été suivi d’un pas de l’autre, dans une sorte d’équilibre de la terreur qui ne permet à aucun des deux camps de l’emporter. Tout le monde répète d’ailleurs qu’il n’y a pas de solution militaire… tout en continuant à alimenter la guerre civile.

L’escalade continuera donc tant que chacun pensera qu’il suffira d’aller un peu plus loin pour l’emporter, et tant que le coût restera modeste pour les puissances extérieures.

Elle durera aussi longtemps, enfin, que personne ne sera en mesure de  siffler l’arrêt des combats. Or pour l’heure, ni les Nations Unies, ni l’Europe, qui ont vainement tenté de stopper les livraisons d’armes, n’ont les moyens d’y mettre un terme. Restent les Américains après leur sortie d’hier, dont il reste à voir ce qu’elle annonce. En attendant, le calvaire des Libyens n’est pas prêt de prendre fin.

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