Le plus probable, on le disait vendredi, est que les élections de demain conduisent Israël à redessiner unilatéralement ses frontières après s’être retiré de la majeure partie de la Cisjordanie. C’est ce à quoi aspire la majorité des Israéliens. C’est sur ce projet qu’a fait campagne le parti qu’avait fondé Ariel Sharon, Kadima, dont tous les sondages annoncent qu’il sera en position de former une coalition avec la gauche. Tout tend vers ce scénario de la « séparation » mais il n’est pourtant pas totalement exclu que l’espoir d’une vraie paix, négociée, équitable et acceptée par les deux parties, puisse ressurgir dans les mois à venir. Ce n’est pas exclu car la coalition qui va prendre les rênes en Israël est favorable à un partage de Jérusalem, que l’opinion israélienne l’est également et que Mahmoud Abbas, le président palestinien, vient de déclarer de son côté, dans une interview au Haaretz, que la question du retour des réfugiés devait être discutée « comme toute autre question » autour d’une table de négociations. Cela signifie que les deux tabous, Jérusalem et les réfugiés, auxquels la paix s’était heurtée jusqu’à présent sont virtuellement levés mais ce n’est pas tout. Dans cette même interview, publiée vendredi, Mahmoud Abbas se dit « convaincu » qu’un règlement définitif est possible « sous un an » et révèle qu’il a proposé aux Israéliens et aux Américains d’ouvrir à « huis clos » des négociations entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine, l’OLP dont il est le président en même temps qu’il préside l’Autorité palestinienne. Ce que Mahmoud Abbas propose là, c’est de contourner le gouvernement que vont former les islamistes du Hamas après leur victoire électorale de janvier, ce qui ne serait pas juridiquement impossible. Ce serait même parfaitement jouable car ce gouvernement procède d’accords signés par l’OLP et qu’il s’agirait de faire revivre - les Accords d’Oslo - et que cette organisation représente l’ensemble des Palestiniens, diaspora comprise, et non pas la seule population des Territoires. L’OLP a tous les titres à rouvrir et mener des négociations avec Israël et le Hamas pourrait bien n’y avoir qu’intérêt car un échec de ces négociations ne serait pas le sien et que leur succès lui permettrait, en revanche, de se retrouver à la tête d’un Etat viable et soutenu par la communauté internationale sans avoir eu à se déjuger en devant passer par le préalable d’une reconnaissance d’Israël. Dans cette interview, dont l’importance est capitale, non seulement Mahmoud Abbas se montre implicitement prêt à accepter que les réfugiés palestiniens ne puissent revenir que dans la future Palestine mais il accepte aussi l’idée d’échanges de territoires qui permettrait de modifier les frontières de 67. Ce qu’il ébauche, c’est un retour au plan Clinton, celui que Yasser Arafat n’avait pas accepté au moment où s’enclenchait la deuxième Intifada, et le Président palestinien il se déclare fort, en conclusion, de faire ratifier par référendum l’accord auquel parviendraient Israël et l’OLP. Ce scénario-là a-t-il des chances de se réaliser ? Il est trop tôt pour le dire mais il a le mérite d’exister et de rien avoir d’invraisemblable.

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