Et l’Allemagne, où était-elle dans ce discours qu’a prononcé, hier, Nicolas Sarkozy devant le Parlement britannique ? Quelle place tenait-elle dans ce chant d’amour pour la Grande-Bretagne ? Le nom de l’Allemagne n’y a été prononcé qu’une fois. Non, d’ailleurs… Pas même son nom. Ce n’est que le « moteur franco-allemand » qu’a mentionné le Président de la République et seulement pour en dire que s’il est « à la base de la réconciliation européenne » et « reste indispensable », il « n’est plus suffisant pour permettre à l’Europe d’agir et de peser de tout son poids ». Bref, l’Allemagne, c’est le passé, l’acquis, la réconciliation d’après-guerre, mais l’avenir c’est la Grande-Bretagne – celle qui était « aux côtés de la France lorsqu’elle a failli être anéantie » (on comprend par qui), qui siège au Conseil de sécurité comme la France, qui est une puissance nucléaire comme la France, et celle, surtout, avant tout, qui est devenue « un modèle », « une référence » en s’engageant, depuis trente ans, dans la voie de « la modernisation de l’Etat » et des « réformes pour réhabiliter l’effort, encourager l’innovation, l’esprit d’entreprise, le sens de la responsabilité individuelle ». En parlant de cette Grande-Bretagne qui a « toujours privilégié la liberté du contrat » (qui l’a toujours préférée à la loi, voulait-il dire), Nicolas Sarkozy parlait si clairement de la France dont il rêve qu’on l’a même entendu dire à des parlementaires étrangers, comme il l’avait déjà fait devant le Congrès américain, qu’ils pouvaient « compter sur sa totale détermination à conduire des réformes trop longtemps retardées par la France ». C’est un coup de barre à l’ouest que Nicolas Sarkozy a donné, hier, à la diplomatie française. En se rapprochant si spectaculairement de la Grande-Bretagne libérale, en en faisant l’exemple à suivre, il s’est éloigné, de fait, d’une Allemagne qui continue d’incarner l’autre modèle, l’économie sociale de marché. Il en a d’autant plus fait le nouveau partenaire privilégié, avec lequel il est allé préparer les lendemains de l’Union comme on le faisait, autrefois, avec l’Allemagne, qu’il y avait un autre message dans ce discours, plus important encore. Vous avez toute votre place dans l’Europe, a-t-il dit aux Britanniques, tels que vous êtes, avec « vos liens si fraternels et si profonds avec l’Amérique », liens d’autant moins problématiques à ses yeux, comprenait-on, que l’Europe de la Défense qu’il a évoquée hier était quoi ? Une défense autonome ? Proprement européenne ? Un outil d’affirmation de l’Europe ? Non. Loin, disait Nicolas Sarkozy, des « querelles théologiques sur l’Alliance atlantique et l’Europe de la Défense », c’était un simple « développement des moyens militaires indispensables à notre sécurité ». On voit bien la vision de ce Président. Elle est toute faite de resserrement des liens occidentaux et de libéralisation économique mais reste une question. Est-ce bien au moment où chaque continent joue sa carte et où le monde découvre les limites du laisser-faire qu’il faut précipiter l’Europe dans une déréglementation britannique et l’accrocher aux Etats-Unis ?

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