L’objectif ne sera plus d’instaurer la démocratie en Afghanistan mais d’y démanteler les réseaux d’al Qaëda. Si l’on résume d’une phrase, c’est ce que dira Barack Obama tout à l’heure, en présentant la nouvelle stratégie des Etats-Unis dans ce pays – une « stratégie de sortie », disent ses collaborateurs – mais, concrètement parlant, qu’est-ce que cela implique ? Cela passera, d’abord, par un accroissement de l’effort militaire américain. En plus des 17 000 soldats supplémentaires dont l’envoi est déjà programmé, les Etats-Unis mettront 4000 instructeurs militaires à la disposition de l’armée afghane afin de changer, ou tenter de le faire, le rapport de forces que les taliban ont instauré sur le terrain, depuis plus de deux ans maintenant. Renversés par l’intervention américaine qui avait suivi les attentats du 11 septembre, les taliban ont aujourd’hui repris le contrôle de près des deux tiers du pays. Leur résurgence se fait sentir jusque dans Kabul et aucune solution politique, aucune négociation d’un quelconque compromis, n’est possible avant une modification de cette situation, créée par la légèreté avec laquelle Georges Bush s’était lancé dans la guerre d’Irak avant d’avoir stabilisé l’Afghanistan. Les hommes et l’argent qui auraient été nécessaires à Kabul avaient été mobilisés pour Bagdad. Loin de reconstruire l’Afghanistan, les Etats-Unis y ont si bien déçu la population et si peu tenu le pays qu’ils y ont laissé le champ libre aux taliban mais l’objectif de Barack Obama n’est pour autant pas de les écraser. Il s’agit, pour lui, de leur faire voir qu’ils ne peuvent plus espérer gagner mais pourraient, en revanche, revenir au pouvoir, y participer au moins, pour peu qu’ils se séparent de leurs alliés d’al Qaëda et s’engagent à ne pas refaire de l’Afghanistan un bunker terroriste. Barack Obama veut faire la part du feu, établir les conditions minimales d’un retrait américain, et sa stratégie passera donc, aussi, par une extension des opérations militaires américaines aux zones frontalières du Pakistan – à ces régions reculées que le gouvernement pakistanais ne contrôle qu’en théorie et où s’abrite l’état-major d’al Qaëda. Inspirée des succès que le général Petraeus a remportés en Irak en augmentant la pression militaire et séparant les maquis sunnites des réseaux d’al Qaëda, cette stratégie a le mérite de la cohérence. Ses objectifs, au moins, sont clairs et limités mais elle se heurtera, pourtant, à une incontournable réalité régionale. Pour le Pakistan, l’Afghanistan n’est qu’une arrière-cour, un pays qu’il entend dominer afin d’opposer un front plus large à l’Inde limitrophe, son ennemi historique. C’est la raison pour laquelle les services pakistanais y placent leurs pions partout, prêtant la main aux taliban alors même que les Etats-Unis sont le principal allié de leur pays. Tant que ces services secrets, un Etat dans l’Etat, ne verront pas un avantage national à tirer de la nouvelle stratégie américaine, ils ne favoriseront pas sa réussite qui dépend, en conséquence, de la définition d’un nouvel équilibre régional, impossible à établir sans le concours de l’Inde et de l’Iran. Barack Obama s’y emploie, mais ce n’est pas fait.

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