Les choses vont vite en Turquie. Jeudi dernier, ce pays sortait du sanglant conflit – 40 000 morts – qui l’avait opposé depuis 30 ans à sa minorité kurde dont le chef de file, Abdullah Ocalan, a renoncé à la lutte armée à la suite d’ouvertures politiques qui auraient été impensables il y a peu de temps encore. Et ce n’est pas tout. Le lendemain même, vendredi, la Turquie acceptait les excuses que lui a finalement présentées le Premier ministre israélien à la suite de l’arraisonnement meurtrier, il y a trois ans, d’un de ses navires voguant vers Gaza.

En moins de 48 heures, la Turquie a mis fin une guerre civile et tourné la page sur une brouille qui l’avait éloignée d’un allié de 60 ans dont elle avait été, avec l’Iran du Chah, l’un des deux premiers pays musulmans à reconnaître l’existence. Les choses vont vite en Turquie mais pourquoi et vers quoi accélère-t-elle ainsi le mouvement ?

Forte d’une éclatante santé qui la range parmi les vingt premières puissances économiques du monde et, bientôt, les dix premières, la Turquie est à la fois habitée par une immense confiance en son avenir et une profonde inquiétude sur son environnement régional. Ses élites sont brillantes, sa population toujours plus éduquée, sa croissance si solide que ses émigrés et leurs enfants reviennent travailler dans leur patrie d’origine et son enrichissement, surtout, n’est pas fondé sur des gisements de matières premières mais sur un tissu industriel et de grands groupes depuis longtemps partis à la conquête des marchés étrangers.

Tout sourit à ce pays qui se voit déjà reconquérir par sa puissance économique et sa modernité la présence que l’Empire ottoman, son ancêtre, s’était acquise, par la force, dans les mondes arabes, en Asie centrale et jusque dans les Balkans dont sont issus, jusqu’aujourd’hui, les meilleurs de ses cadres. C’est une Renaissance que vit la Turquie. Elle est si spectaculaire que beaucoup de pays européens commencent à regretter de l’avoir snobée avec tant de morgue et de mépris mais le problème, pour elle, est que rien ne va plus à ses frontières.

La Syrie se défait dans l’affrontement entre sa dictature et ses insurgés. L’Irak n’en finit plus de se déliter entre ses trois communautés, chiite, sunnite et kurde. Tenu d’une main de fer par sa théocratie, l’Iran n’en est pas moins profondément déstabilisé par les divisons de ses dirigeants, l’aspiration démocratique de sa population et les sanctions économiques que lui valent son programme nucléaire. Le Proche-Orient est un chaos dans lequel sombrent de grands Etats tandis qu’une guerre régionale menace entre sunnites et chiites.

Alors la Turquie a choisi son camp. Non seulement ce pays sunnite se positionne, aux cotés des sunnites, contre l’Iran et le régime syrien, tous deux chiites, mais ce pays membre de l’Otan se rapproche toujours plus des Etats-Unis et, maintenant, d’Israël pour consolider avec eux un pole de stabilité régionale. Dans ce chaos croissant, la Turquie veut faire front avec des alliés forts et, naturellement, la stabilisation de la scène intérieure qui passait par ce compromis avec les Kurdes.

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