C’était écrit depuis de longs mois, la rumeur en courrait depuis deux jours et c’est maintenant fait. Artisan du renversement, en juillet dernier, du président islamiste Mohammed Morsi, du premier chef d’Etat de ce pays à ne pas être sorti des rangs de l’armée et avoir été régulièrement élu, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi vient d’annoncer hier, à la télévision, sa candidature à la présidentielle prévue pour avant l’été.

« Je me tiens devant vous pour la dernière fois en uniforme militaire » a-t-il déclaré en promettant de « continuer à combattre chaque jour pour une Egypte débarrassée du terrorisme » et de s’attaquer « avec courage », a-t-il dit, aux difficultés économiques et au chômage touchant « des millions de jeunes ».

On peut douter de la régularité du scrutin à venir. Ce général promu maréchal en récompense de son coup d’Etat contrôle aujourd’hui tout, armée, police, télévision, presse et magistrature. Sa dictature s’est instaurée avant même qu’il ne devienne président mais le fait est que le nouvel homme fort de l’Egypte est populaire car une très large majorité d’Egyptiens aspire à l’ordre après trois années d’une tourmente révolutionnaire qui a mis le pays en faillite.

Il y eut d’abord le renversement d’Hosni Moubarak par la conjonction de grèves ouvrières et de manifestations de la jeunesse urbaine et branchée sur internet. Puis les Frères musulmans, qui n’avaient pris part à cette révolution qui n’était pas la leur et en laquelle ils n’avaient d’abord pas cru, ont remporté les élections parce que le pays profond croyait en leur honnêteté et se reconnaissait dans leur conservatisme social et leur libéralisme économique.

C’est ainsi que les Frères musulmans s’étaient assurés une majorité parlementaire avant de faire élire Mohammed Morsi à la présidence mais, totalement impréparés à l’exercice du pouvoir et incapables de s’ouvrir à d’autres forces, ils étaient vite devenus profondément impopulaires et bientôt honnis. D’immenses manifestations avaient demandé leur départ et c’est en profitant de ce rejet populaire que l’armée a repris les rênes avec une violence inouïe arrêtant, tabassant et torturant tous ses opposants, islamistes et démocrates confondus.

L’Egypte est devenue le pays où plus de 500 membres et sympathisants des Frères musulmans viennent d’être condamnés à mort dans un procès expéditif. Neuf cents autres viennent d’être déférés hier devant ce qu’on ne peut certainement plus appeler la Justice. Ce pouvoir veut semer la terreur et éradiquer toute opposition, Frères musulmans en tête. La révolution égyptienne en est à l’heure de la plus sauvage des restaurations, militaire en l’occurrence, mais cela signifie-t-il qu’elle soit morte et enterrée ?

Non. Cela va durer, longtemps, trop longtemps, mais la nouvelle génération qui avait fait la Place Tahrir constitue l’élite de l’Egypte. Les Frères vont apprendre de leurs erreurs comme ils l’ont fait en Tunisie. Les militaires ne sauront rien faire contre la misère et, un jour, sous dix ou quinze ans, peut-être moins, cette révolution relèvera la tête car les mondes arabes ont entamé leur longue marche vers la démocratie.

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