Sauf à accepter que l’Europe à plusieurs vitesses n’exclue l’Europe centrale, il faut savoir apaiser ses craintes et éviter cette erreur

Mettons les choses au mieux, me disait hier un intellectuel roumain. Mettons, voulait-il dire par là, que la France et l’Allemagne tombent vraiment d’accord sur un plan de relance de l’Union européenne, qu’elles convainquent plusieurs autres des plus anciens pays-membres de les suivre et que se forme ainsi une Union politique au sein de l’actuelle Union. 

         Ca lui semblait « le mieux », le mieux pour la pérennité de l’unité européenne à laquelle il tient comme 60% des Roumains mais on entendait bien aussi que cette perspective l’inquiétait. Elle l’effrayait même, et il en convenait, car il se demande et n’est pas le seul à le faire parmi les plus europhiles des Roumains et des Centre-européens ce qu’il adviendrait alors d’eux.

         A huit ou douze, peut-être même quinze ou seize, poursuivait-il, vous aurez bientôt une Défense commune en plus de la monnaie unique. Un jour ou l’autre vous aurez un budget d’investissements dans les industries d’avenir. Vous allez harmoniser vos fiscalités et vos protections sociales. Vous aurez les attributs essentiels d’un nouvel Etat ou d’une puissance publique en tout cas…

Oui, l’ai-je interrompu. En mettant les choses au mieux, oui, c’est ce qui peut arriver mais en quoi serait-ce inquiétant pour vous ? 

Eh bien c’est simple, m’a-t-il répondu, vous nous oublierez. 

Vous oublierez l’Europe centrale car entre les pays qui ne voudront pas vous suivre car ils ne voudront rien abdiquer de leur souveraineté et ceux qui ne le pourront pas car leur économie restera trop longtemps en retard sur les vôtres, nous deviendrons tous un embarras dont, de fait, vous ne voudrez plus vous embarrasser. 

Il y avait beaucoup d’objections à lui faire. 

On pouvait lui rétorquer que l’Union politique, en admettant qu’elle se fasse, ne serait jamais fermée aux autres pays de l’Union qui pourraient tous la rejoindre aussitôt qu’ils le voudraient et seraient en capacité de le faire. Ce serait une avant-garde, comme la zone euro, lui ai-je dit avant de lui faire valoir que l’Union européenne n’aurait aucun intérêt à réduire la taille de son marché commun qui est sa meilleure arme dans les rapports de force commerciaux et qu’il serait, pour elle, tout aussi fou de laisser se créer un vide entre sa bordure orientale et la Fédération de Russie qui serait alors tentée, forcément, d’y avancer ses pions. 

Ces objections, je les ai vite formulées mais après un moment de flottement tout de même car si la Raison était de mon côté, la réalité pourrait bien être du sien. Pour des pays qui auront déjà tant de mal à relancer l’Union, l’Europe centrale, c’est vrai, peut vite devenir secondaire. Sauf à accepter que l’Europe à plusieurs vitesses n’exclue l’Europe centrale, il faut savoir apaiser cette crainte et éviter cette erreur. 

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