Le chef de l’armée demande que le président soit déclaré en incapacité en vertu de la Constitution. Une dernière tentative de sauver le régime alors que des millions d’Algériens manifestent depuis plus d’un mois.

Le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, qui vient de donner le signal du départ du Président Bouteflika. Photo d’archives de 2014.
Le chef d’état-major de l’armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, qui vient de donner le signal du départ du Président Bouteflika. Photo d’archives de 2014. © AFP / Farouk Batiche / AFP

Décidément, l’Algérie vit une révolution qui ne ressemble à aucune autre. Les jours, voire les heures d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie sont vraisemblablement comptés, et c’est le chef de l’armée algérienne, le Général Ahmed Gaïd Salah, qui en a donné le signal hier. Mais ce n’est pas pour autant la fin de l’histoire.

Le Général Gaïd Salah a choisi de rester dans un cadre institutionnel en appelant à déclencher l’article 102 de la constitution qui prévoit l’incapacité du chef de l’État pour raison de santé. Si le Conseil constitutionnel le suit, et il serait étonnant qu’il refuse, une autre page s’ouvrira, avec un président par intérim, et l’organisation d’un nouveau scrutin. Un calendrier court là où Bouteflika proposait une transition d’un an minimum.

C’est le troisième acte d’une crise qui a vu le président Bouteflika se présenter pour un cinquième mandat malgré son état de santé, tenter de passer en force, puis renoncer mais essayer de maîtriser la transition ; et enfin d’être poussé vers la sortie par son armée. 

Le tout sur fond de manifestations de plus en plus importantes dans les rues d’Alger et du reste du pays depuis plus d’un mois ; un mouvement pacifique aux mots d’ordres de plus en plus hostiles au pouvoir algérien, et pas seulement au président sortant.

Cet officier de 79 ans est au cœur du système du pouvoir algérien, et rien ne le prédestinait il y a encore quelques semaines à faire un geste qui ressemble à un coup d’état médical comme celui de Ben Ali en Tunisie contre Habib Bourguiba en 1987. Mais contrairement à la Tunisie où il s’agissait d’une révolution de palais, il y a le feu en Algérie, avec ce soulèvement massif de la population, et des défections dans les rangs du pouvoir.

Depuis le début, les manifestants ménageaient l’armée, et l’un d’eux portait une pancarte qui prend tout son sens aujourd’hui : « Gaïd, écrivait-il en s’adressant au Général, Ne rate pas ton rendez-vous avec l’Histoire ».

Ahmed Gaïd Salah n’a pas raté ce rendez-vous en déclenchant un processus qui prend l’allure de dernière chance de sauver, sinon le président – c’est trop tard – au moins le régime en gardant des apparences constitutionnelles. C’est l’heure de vérité pour cette révolution de velours à l’algérienne, qui s’est déroulée jusqu’ici sans violence. Est-il encore possible de revenir à un processus constitutionnel qui aurait sans doute été accepté s’il avait été proposé plus tôt ? Ou la rue est-elle déjà allée trop loin dans sa rupture avec ce régime prédateur ? Quelle confiance, pour organiser des élections transparentes et régulières, les millions de manifestants des dernières semaines peuvent-ils accorder à un régime qu’ils n’ont cessé de dénoncer ?

L’issue, une nouvelle fois, viendra de la mobilisation vendredi. Elle permettra de dire si le printemps algérien accouchera en fait d’un ravalement de façade, ou ira jusqu’au bout d’un changement de régime ? Personne, pas même le Général Gaïd Salah, n’a la réponse ce matin.

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