Les Britanniques l’aimaient, ils l’aimaient tant qu’ils lui ont donné un second mandat mais, aujourd’hui, la Grande-Bretagne aime un peu moins Tony Blair. Ce n’est pas le désamour, encore moins la crise mais, tandis que les patrons s’impatientent, les enseignants débrayaient hier et les pompiers entrent, ce matin, dans leur sixième jour de grève. Les patrons sont mécontents car ils voudraient, comme partout, payer moins d’impôts sur les bénéfices mais aussi parce qu’ils trouvent que le Premier ministre met trop de temps à faire entrer le royaume dans l’euro et que leurs entreprises, les banques, la place de Londres, en sont pénalisées. Ils trouvent, en un mot, Tony Blair trop en arrière du changement alors que les syndicats en ont, eux, assez de contenir les revendications au nom de la modernité. Longtemps, ils ont été prudents. Ils se souvenaient de « l’hiver de tous les mécontentements », de cette année 78-79 où les grèves avaient été si nombreuses qu’elles avaient porté les conservateurs, Margaret Thatcher puis John Major, au pouvoir pour deux décennies, dix-huit années pendant lesquelles le monde ouvrier avait pris coup sur coup. Durant le premier mandat de Tony Blair, les syndicats avaient donc été d’autant plus conciliants qu’il avait introduit un salaire minimum en Grande-Bretagne, pas rien tout de même, mais, là, ça craque, la base pousse et les dirigeants syndicaux ne prêchent plus la patience car, respect des grands équilibres ou pas, crédibilité de la gauche ou pas, les salariés veulent des augmentations que le gouvernement, lui, ne veut pas lâcher. Vendredi dernier, les pompiers et les collectivités locales, leurs employeurs, s’étaient mis d’accord sur une augmentation de 16% - 16% au lieu au lieu des 40% demandés par les « combattants du feu », comme on dit en anglais. L’affaire semblait réglée mais Tony Blair a mis son veto, annonçant que le gouvernement ne financerait pas ce compromis. Depuis les syndicats suffoquent, enragent, mais le premier ministre tient bon. « Vous ne gagnerez pas », a-t-il dit aux pompiers car il ne veut pas qu’ils gagnent et cela pour trois raisons. La première est qu’il a en tête « l’hiver de tous les mécontentements » et voit déjà toute la fonction publique s’engouffrer dans la brèche, ca commence, avant que le privé ne suive. Ni le budget ni la Livre n’y résisteraient, le patronat et toute une partie des classes moyennes se détourneraient des Travaillistes et les conservateurs, au plus bas aujourd’hui, reprendraient des couleurs. C’est la deuxième raison de l’intransigeance de Tony Blair mais la plus importante est la troisième. Le premier ministre veut bien augmenter les pompiers mais à condition que la profession se « modernise », accepte de suivre des formations para-médicales, de fusionner ses services avec ceux des centres de premier secours, de réduire des effectifs qui permettent à la plupart des pompiers d’avoir deux emplois – bref, à condition que les pompiers, à la faveur des départs en retraite, reviennent sur des avantages acquis qu’ils considèrent, eux, faire partie de leurs revenus. C’est ce qu’on appelle, en France, la modernisation de l’Etat – sujet tout aussi difficile pour les gauches que pour les droites.

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