L’Union européenne se devrait d’en être. Lundi à Genève, deux cents Israéliens et deux cents Palestiniens, des élus et des personnalité des arts, des sciences et de l’économie, participeront, côte à côte, à la cérémonie de signature du plan de paix qu’ont élaboré l’Israélien Yossi Beilin et le Palestinien Yasser Abed Rabbo, deux anciens ministres, artisans l’un et l’autre des Accords d’Oslo. En elle-même, cette signature n’arrêtera pas la guerre. Le sang continuera de couler car aucun de ces deux hommes n’est aux commandes et que ce texte, si convaincant et détaillé soit-il, n’est qu’une proposition, un avant-goût de ce que la paix, un jour, sera. Cette cérémonie de lundi sera essentiellement symbolique mais, outre que la réunion de quatre cents figures de ces deux nations déchirées est un événement qu’il faut saluer et encourager, cette Initiative de Genève a déjà changé beaucoup de choses. Sans elle, sans l’écho qu’elle recueille dans les opinions israélienne et palestinienne, sans la démonstration qui est ainsi faite qu’un véritable Traité de paix serait à portée de main, qu’il suffirait de le vouloir, le climat politique n’aurait pas autant évolué qu’il l’a fait en quelques jours. Ce sont de riens mais des riens qui comptent. Ariel Sharon s’apprête à recevoir le nouveau Premier ministre palestinien. Il ne veut pas qu’on puise dire qu’il se contente, lui, du statu-quo. Les Travaillistes se soudain réveillés, produisant à la hâte leurs propres propositions de règlement. Le chef de l’Etat israélien, lui-même, Moshe Katsav, a officiellement reçu, hier, les promoteurs de cette Initiative pour les encourager à développer leur dialogue et, plus important encore, les Etats-Unis ne veulent pas sembler en arrière de la main. Après avoir écrit une chaleureuse lettre de soutien à Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, Colin Powell, le chef de la diplomatie américaine va les recevoir comme il recevra, bientôt deux autres personnalités, israélienne et palestinienne, qui ont lancé ensemble une pétition en faveur de concessions réciproques. Non seulement les Etats-Unis veulent ainsi faire pression sur Ariel Sharon mais ils ne veulent pas rester à l’écart de mouvements qui pourraient bien faire boule de neige, à la base, des deux côtés, dans l’opinion israélo-palestinienne. Devant ces frémissements de l’espoir, devant le courage d’hommes et de femmes qui s’obstinent à refuser la fatalité de la haine, l’Europe devrait être beaucoup plus active qu’elle ne l’est. Elle le devrait pour trois raisons. La première est que cette Initiative de Genève correspond, point par point, aux solutions qu’elle préconise. La deuxième est que lorsque l’Europe est unie, lorsqu’elle n’a plus même d’efforts à faire pour que ses positions convergent, son intérêt est de le manifester et que ne pas le faire est absurde. Et puis enfin, dans ces temps d’embourbement irakien et de ravages terroristes, les démocraties, l’Europe et l’Amérique, doivent recréer leur unité partout où elle le peuvent, reprendre ensemble l’offensive politique plutôt que de rester sur la défensive où elles sont aujourd’hui. L’Europe a un Haut Représentant pour la politique étrangère, Javier Solana. Lundi, il ne peut pas ne pas être à Genève.

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