On connaît les raisons de ne pas y croire. Les islamistes sont maîtres de Gaza. Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, le président palestinien et le Premier ministre israélien, sont politiquement fragiles et toutes les précédentes tentatives, surtout, de règlement israélo-palestinien ont échoué. Le pessimisme ambiant sur les négociations que vont relancer, aujourd’hui, cette réunion d’Annapolis n’est malheureusement pas infondé mais, au-delà de ces évidences de l’instant, de profonds changements régionaux, l’une de ces évolutions longues dont on se demande toujours, après coup, comment on a pu l’ignorer, pourrait, malgré tout, créer la surprise. La naissante d’un front anti-islamiste. Retour en arrière. Début 2002, l’Arabie saoudite propose soudain de reconnaître Israël à la condition que ce pays dont elle avait toujours nié l’existence accepte la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Mieux encore, la monarchie saoudienne, fait bientôt adopter cette proposition par l’ensemble des pays arabes. Deux raisons l’y avaient poussée. La première est que les kamikazes du 11 septembre étaient quasiment tous saoudiens et que l’Amérique en avait conçu une suspicion envers ce royaume qu’elle considérait, depuis un demi siècle, comme si sûr. Non seulement la monarchie veut redresser son image aux Etats-Unis avant de se retrouver dans leur collimateur mais elle vient, aussi, de réaliser que ces islamistes qu’elle avait si longtemps choyés pour assurer sa pérennité n’aspirent, en fait, qu’à la renverser et qu’il lui faut les circonscrire, au plus vite, en éteignant les foyers de tension régionale. C’est un tournant historique mais Ariel Sharon ignore la main qui lui est tendue car il croit encore, à l’époque, en la possibilité de créer une Palestine en Jordanie et d’étendre Israël à ses frontières bibliques une fois que l’aspiration nationale des Palestiniens aura été brisée par la force. Trois années passent. Les Palestiniens plient sous les coups mais continuent d’en porter et Ariel Sharon, l’homme qui incarnait à lui seul le « Grand Israël », opère un virage aussi spectaculaire que celui des Saoudiens. La poursuite de l’occupation, explique-t-il maintenant, condamnerait Israël à mener une politique d’apartheid ou à être marginalisé par la natalité palestinienne. Il fait, donc, évacuer Gaza et annonce, avant d’être frappé par une hémorragie cérébrale, un second retrait unilatéral, de la Cisjordanie cette fois-ci. C’est sur ce programme qu’est élu le nouveau parti qu’il avait créé après avoir rompu avec la droite mais, là-dessus, le Hamas prend le contrôle de Gaza en en chassant le Fatah. Israël ne peut plus se retirer unilatéralement de Cisjordanie sans y risquer un nouveau coup de main des islamistes. Il n’y a plus que la voie de la négociation avec le Fatah, d’un règlement négocié, internationalement garanti, et c’est ce qui s’amorce aujourd’hui car Israël, les Américains, les pays arabes et le Fatah ont un intérêt commun à isoler l’Iran et les islamistes. C’est cette crainte commune du radicalisme, une Sainte Alliance si l’on veut, qui donnent à ce rendez-vous plus de crédibilité qu’on ne croit.

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