Ce ne sont pas des attentats isolés. Tirs et jets de grenades, à l’aveugle, dans la foule d’une gare, un hôpital ou sur les clients d’un restaurant et de grands hôtels, les sept attentats simultanés qui ont ensanglanté, hier, Bombay, la capitale économique de l’Inde, ne sont que les derniers en date d’une longue liste. Depuis 2001, pas moins de quatorze attentats ont frappé ce pays et, dans la plupart des cas, leur origine ne fait guère de doute. Il n’y a pas de preuve, pas de « pistolet fumant » comme disent les Britanniques, mais tout fait remonter ces tueries jusqu’aux réseaux les plus secrets des services pakistanais, du trop célèbre ISI, le Renseignement inter services. Etat dans l’Etat, tout puissant ou presque, l’ISI tire notoirement les ficelles des mouvements islamistes agissant au Cachemire, région que l’Inde et le Pakistan se disputent depuis que la partition des Indes britanniques, en 1947, en a fait des Etats indépendants, nés d’une déchirure, régulièrement en guerre et, jusqu’aujourd’hui, face à face. Rêve conçu, au début du siècle dernier, par les élites musulmanes les plus éclairées des Indes, le Pakistan est une création artificielle, mélange de populations autochtones et de dizaines de millions d’autres personnes venues de tous les coins du sous-continent pour créer un pays où les musulmans ne seraient plus minoritaires. Paradoxe méconnu, l’histoire de la création de ce pays rappelle étrangement celle d’Israël et, comme Israël, le Pakistan se vit comme un Etat perpétuellement menacé par un monde limitrophe et autrement plus peuplé que lui, l’Inde en l’occurrence, que beaucoup de Pakistanais soupçonnent encore, soixante ans plus tard, de ne toujours pas admettre leur indépendance. Cette psychose nationale – c’en est une car l’Inde n’a aucune envie d’intégrer 180 millions de musulmans supplémentaires à son territoire – a conduit à faire de l’armée et des services pakistanais la colonne vertébrale du pays. Non seulement les militaires pakistanais et leurs services se veulent toujours mobilisés et surarmés pour faire face à l’ennemi héréditaire, non seulement ils ne veulent pas lui abandonner le Cachemire, non seulement ils continuent de rêver de contrôler l’Afghanistan pour opposer un bloc musulman à l’Inde mais ils considèrent également indispensable d’entretenir un climat de guerre au Pakistan et, donc, les tensions avec l’Inde, afin de prévenir l’éclatement de leur pays qui n’a toujours pas, et moins que jamais, uni ses peuples et ses régions dans une vraie nation. Pour l’ISI, toute perspective de détente avec l’Inde est un danger mortel et il est frappant de constater que les attentats d’hier se sont produits trois jours exactement après que le nouveau président pakistanais – on en parlait hier matin – a proposé aux Indiens de marcher vers une dénucléarisation et la constitution d’un marché commun et dissous, dans le même temps, la branche politique de l’ISI, celle qui s’occupe du renseignement intérieur. Dans le sang d’hier se mêlaient, sans doute, les guerres secrètes de l’Afghanistan, une longue histoire vieille d’un siècle et la fragile tentative de démocratisation en cours au Pakistan.

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