La carte, une simple carte de l’Afrique politique, dit à peu près tout. Communément dit Centrafrique et grande comme la péninsule ibérique, la République centrafricaine où la France s’apprête à dépêcher un millier soldats sous mandat de l’Onu s’étend au cœur même de ce continent et les six pays qui l’entourent sont tous pauvres, fragiles et, pour certains, en guerre.

La République démocratique du Congo est à feu et à sang. Les deux Soudan sont en conflit rampant après leur récente séparation. Un peu plus à l’Est, l’Ouganda peine à se stabiliser et plus au Nord, tout près, c’est le Sahel que l’intervention française au Mali a, pour l’instant, sauvé du chaos mais où tout reste extraordinairement précaire.

Or en Centrafrique, un dixième des habitants, plus de 450 000 personnes, ont dû fuir leur maison depuis que le chef de l’Etat, François Bozizé, a été renversé en mars dernier par une coalition de rebelles armés. S’il ne s’était agi là que du remplacement d’un président illégitime par un autre, ce n’eut été que consternant mais le drame est que ce nouveau dirigeant, Michel Djotodia, a très vite perdu le contrôle de ses partisans qui dévastent le pays, pillant, brûlant, tuant et violant jour et nuit comme des hordes de sauvages déchaînés.

Le récit de ces horreurs est insoutenable et c’est une vraie guerre qui menace maintenant car la population centrafricaine, à 80% chrétienne, s’organise désormais en groupes d’autodéfense contre ces pillards qui sont essentiellement musulmans. Si elle dure, cette guerre sera bientôt une guerre de religions, d’autant plus inquiétante et grave que cet Etat en faillite est en train d’aspirer sur son territoire des djihadistes venus de toute l’Afrique dans l’espoir de s’y doter du bunker qu’ils ont échoué à se créer au Mali.

Il faut non seulement sauver une population qui appelle à l’aide mais empêcher que cette crise ne devienne régionale. Il n’est pas de pays qui s’y oppose ou ne le voit pas. C’est pour cela qu’à l’appel de la France, le Conseil de sécurité des Nations Unies aura bientôt voté, sous huit jours, une résolution autorisant le déploiement en Centrafrique d’une force de l’Union africaine appuyée par l’armée française mais, question : pourquoi la France ?

Pourquoi est-ce la France qui, après être intervenue seule au Mali, se retrouve, à nouveau, protecteur de l’Afrique, en charge de sa sécurité ?

La première réponse est que la France est l’ancienne puissance coloniale de ces pays restées francophones et auxquels l’histoire, la culture et l’économie la lient plus que jamais. Cela compte et beaucoup mais, bien au-delà de cela, la France considère aujourd’hui que la sécurité de l’Afrique est la sienne et celle de l’Europe car, à laisser s’y installer le chaos, les Européens perdraient la chance d’un futur partenariat avec un continent en plein essor économique et démographique auquel il faut offrir d’autres perspectives que l’immigration clandestine vers une Union européenne qui ne peut pas les accueillir. La France veut aider l’Afrique à s’organiser et se défendre et c’est ce qu’elle va faire à Bangui où elle n’interviendra qu’en appui à des troupes africaines.

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