Pas assez ceci, pas assez cela, bien sûr. Comme on pouvait s’y attendre, le plan d’investissements de 315 milliards sur trois ans que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a présenté hier devant le Parlement européen, a suscité beaucoup de déceptions qu’un économiste français, Eric Heyer, a résumées en lançant « trois fois rien, c’est toujours rien ».

A l’entendre, c’est près de trois cent milliards par an et non pas sur trois ans qu’il faudrait injecter dans l’économie européenne pour vraiment la relancer. Sans doute a-t-il raison mais, si le gouvernement français et les groupes parlementaires européens ont réagi beaucoup plus positivement, c’est que la seule existence de ce plan consacre la nécessité d’investir dans la relance - une absolue nécessité que l’Allemagne et la précédente Commission niaient farouchement, il y a quelques mois encore.

Pour elles, le seul remède dont avait besoin l’économie européenne était la déréglementation et la réduction des dépenses publiques mais, face aux menaces de déflation et au ralentissement de l’économie allemande, le vent tourne dans l’Union. On a même entendu Mme Merkel exprimer hier un « soutien de principe » au plan Juncker qui, prudemment, pour ne pas susciter les foudres de Berlin, ne mobilise que 21 milliards d’argent public apportés en garantie aux investisseurs privés. Même la possibilité donnée aux Etats d’abonder ce fonds sans que leurs apports ne viennent alourdir le calcul de leurs déficits budgétaires, même cette entorse caractérisés au Pacte de stabilité, n’a pas été critiquée par l’Allemagne dont le patronat, la gauche et les syndicats réclament à cor et à cris plus d’investissements publics.

Le vent tourne bel et bien mais le tournant qui s’amorce ne sera pas une rupture avec les politiques menées jusqu’à présent. Ce sera un compromis, un donnant-donnant, comme le montrera la publication, aujourd’hui, des propositions de réformes et d’investissements demandées par Paris et Berlin à deux économistes français et allemands. Pour ce qui est de la France, ce rapport préconise, outre tout ce qui est en cours sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, de permettre la négociation de la durée du travail par entreprises et par branches - en clair, un assouplissement des 35h - et l’organisation de négociations salariales triennales et non plus annuelles afin de freiner, comprend-on, l’augmentation des salaires, devenue plus rapide que celles des prix et de la productivité.

Pour ce qui est de l’Allemagne, c’est une coûteuse adaptation à son recul démographique qui est prônée. Si rien n’est fait, l’Allemagne pourrait compter presque autant d’inactifs que d’actifs en 2050 et il lui faut donc relancer la natalité et promouvoir le travail des femmes en développant les crèches - investir, en un mot, comme les deux pays, dit ce rapport, doivent le faire dans les infrastructures, l’éducation et les industries d’avenir.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.