Eh bien voilà, c’est fait et heureusement fait. La principale condition que la France mettait à la constitution d’une coalition avec la Russie, d’un front commun contre Daesh, était que l’aviation russe cesse de bombarder l’insurrection syrienne et et cette condition est désormais remplie.

« Nous nous sommes accordés sur le fait que les forces luttant contre Daesh et les groupes terroristes ne doivent pas être visées par nos avions », a ainsi déclaré François Hollande à l'issue de ses entretiens d'hier avec Vladimir Poutine. On admira dans cette phrase la courtoisie d'une formulation qui semble dire, en parlant de « nos avions », que la France et la Russie auraient ensemble changé d’attitude alors que seule la Russie bombardait l’insurrection et que la France ne le faisait évidemment pas.

C’était une manière de ne pas triompher, de ne pas céder à une facilité parfaitement superflue car maintenant que la page est tournées et le deal fait, l’important est l’avenir, un avenir porteur d’espoir.

Dès lors que la Russie cessera de s’en prendre à l’insurrection, la feuille de route élaborée le 14 novembre dernier par la conférence de Vienne peut réellement être appliquée. Le régime syrien et l’insurrection - dans les pires difficultés, bien sûr mais bon… - pourront bientôt entamer des négociations sous l’égide l’Onu, décider d’un cessez-le-feu, faire de la Syrie une fédération de communautés autonomes et préparer des élections.

Dans la mesure où il a été décidé à Vienne que les millions d’exilés syriens pourraient prendre part à ce scrutin présidentiel, le sort de Bachar al-Assad est scellé. Il ne pourra pas être réélu. Il se trouve même aujourd’hui des analystes russes pour penser qu’il ne sera pas même candidat soit parce qu’il voudrait éviter une défaite soit parce que Moscou le presserait d’y renoncer.

C’est possible mais devenu parfaitement secondaire puisque l’essentiel est que l’évolution de la Russie sur la question de l’insurrection permet d’entrevoir enfin la possibilité d’un règlement de paix en Syrie qui mettrait terme à d’abominables souffrances et laisserait Daesh seul à face à tous, face à une articulation de l’insurrection syrienne et des aviations européennes, russe, arabes et américaine.

Les raisons de ce tournant russe sont claires. Elles ont souvent été exposées dans cette chronique depuis plus d’un mois.

Le Kremlin avait deux fers au feu en intervenant en Syrie. Ou bien il parvenait à restaurer le pouvoir de Bachar al-Assad en écrasant l’insurrection ou bien il revenait à la table des grandes puissances en facilitant un règlement. Les Russes n’ont pas tardé à voir que le boucher de Damas était trop honni et trop affaibli pour être sauvé. Ils ont alors initié le processus de Vienne avec les Américains, lâché leur allié sans le dire et vite senti, de surcroît, le vent du boulet avec l’attentat contre l’un de leurs avions de ligne puis le tir de la Turquie contre l’un de leurs chasseurs. Ils sont vraiment devenus disponibles à un compromis sur la Syrie et c’est le moment que François Hollande a su saisir pour leur tendre une main qu’ils ont acceptée en puissance se voulant honorable et responsable.

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