L’incident naval entre la Russie et l’Ukraine n’est que le dernier épisode de l’usage de la force armée par Vladimir Poutine pour réaffirmer le retour de la puissance russe. Mais le maître du Kremlin pratique l’escalade calculée.

Bateaux en papier posés devant l’ambassade de Russie à Kiev, la capitale ukrainienne, lors d’une manifestation de protestation après l’incident naval russo-ukrainien, le 25 novembre 2018.
Bateaux en papier posés devant l’ambassade de Russie à Kiev, la capitale ukrainienne, lors d’une manifestation de protestation après l’incident naval russo-ukrainien, le 25 novembre 2018. © AFP / Sergei SUPINSKY / AFP

De tous les instruments de la puissance, Vladimir Poutine en a privilégié un : l’armée. Il n’a pas les poches profondes de ses amis chinois qui achètent de l’influence à coups de milliards de dollars d’investissements ; il n’a pas sous la main le soft power, ce pouvoir de séduction qui a longtemps fait le succès des États-Unis ; Non, il a une armée en état de marche, et, surtout, il n’hésite pas à s’en servir.

L’Ukraine et la Syrie ont constitué, ces dernières années, les terrains de la réaffirmation de la puissance russe dans deux territoires qui faisaient partie autrefois, l’un de l’URSS elle-même, l’autre de sa sphère d’influence.

Le même jour, dimanche donc, l’armée russe soit entrée en action dans ces deux régions du monde : au large de la Crimée, lors d’un sérieux incident naval avec l’Ukraine ; et en Syrie, où l’aviation russe a effectué des bombardements pour la première fois depuis deux mois.

Le contexte est différent dans ces deux pays, mais le message de Poutine est le même : la Russie est une puissance majeure qui sait se faire respecter. Un message qui n’est pas anodin à quelques jours du Sommet du G20 qui se tient en fin de semaine à Buenos Aires, en présence de Vladimir Poutine. Message domestique aussi alors que la popularité du Président russe est en berne après une réforme des retraites.

Depuis 2014, Poutine a fait de l’Ukraine le lieu où l’avancée de l’Occident dans l’ancien monde soviétique serait stoppée. Après le changement de pouvoir à Kiev, lors du soulèvement de Maïdan, il a annexé la Crimée, puis organisé et armé le soulèvement du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, toujours en guerre larvée.

L’incident naval était prévisible, en raison de la stratégie russe d’enclavement de la mer d’Azov, cette mer commune à l’Ukraine et à la Russie, mais prise en tenaille par Moscou depuis l’annexion de la Crimée et la construction d’un pont sur le détroit qui en contrôle l’accès. Or les ports en mer d’Azov assurent une bonne part des exportations ukrainiennes, désormais à la merci du bon vouloir de Moscou.

La mer d'Azov et la zone de l'incident naval de dimanche.
La mer d'Azov et la zone de l'incident naval de dimanche. © AFP / Sébastien CASTERAN, Paz PIZARRO / AFP

Vladimir Poutine pratique habilement l’escalade calculée. Il sait que les Occidentaux vont crier très fort, et c’est ce qui se passe depuis dimanche, lundi encore aux Nations Unies. L’Otan est solidaire de l’Ukraine, l’Ukraine a décrété la loi martiale, mais, de fait, personne en Occident n’est prêt à mourir pour la mer d’Azov.

Surtout pas Donald Trump, qui s’est bien gardé de se mouiller dans son seul commentaire public, alors que son ambassadrice à l’ONU dénonçait une « provocation » russe. 

La solution à cette instabilité ne peut pas être militaire, tout le monde ou presque en convient. Mais la voie de la diplomatie et de la concertation n’a jusqu’ici rien donné : les efforts franco-allemands pour trouver une issue négociée en Ukraine n’avancent guère, et les torts ne sont pas seulement à Moscou. Or c’est la seule voie de la désescalade.

En attendant l’heure des diplomates, Vladimir Poutine teste l’« autre » camp, et constate qu’il a la voie libre.

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