Les treize morts dans une collision de deux hélicoptères français lors d’une action militaire au nord-est du Mali montrent les difficultés de cette guerre contre des djihadistes mobiles et aguerris dans une zone six fois la taille de la France.

Un hélicoptère français Tigre sur la base de Mopti, au Mali, en février 2013, au début de l’intervention française contre une colonne djihadiste.
Un hélicoptère français Tigre sur la base de Mopti, au Mali, en février 2013, au début de l’intervention française contre une colonne djihadiste. © AFP / Pascal GUYOT / AFP

Les treize morts français dans un accident d’hélicoptères au cours d’une opération anti-djihadistes au Mali constituent le bilan le plus lourd pour l’armée française depuis l’embuscade d’Uzbin, en Afghanistan, en 2008, qui avait fait dix morts.

Le parallèle avec l’Afghanistan revient régulièrement dès qu’on parle des guerres qui se déroulent dans la région du Sahel. Les comparaisons ont leurs limites, mais elles aident à comprendre ce qui se joue, et de quelle manière. Vendredi, dans cette chronique, j’évoquais un « syndrome afghan » en parlant de l’engagement français au Sahel, ce n’est donc pas nouveau.

« Syndrome afghan », c’est-à-dire une guerre impossible à gagner militairement, comme toutes les armées l’ont expérimenté depuis plus d’un siècle en Afghanistan ; mais aussi impossible à quitter en raison de la difficulté à mettre sur pied une alternative sécuritaire locale solide . C’est ce que réalise Donald Trump qui ne parvient pas à retirer ses troupes.

La situation au Sahel est, dans une certaine mesure, comparable. François Hollande avait décidé d’intervenir au Mali en 2013 pour empêcher une colonne djihadiste de fondre sur Bamako, après avoir occupé le tiers nord du pays. Sans trop de mal, l’armée française avait stoppé les djihadistes et reconquis Tombouctou et Gao.

Les difficultés ont commencé après, car les djihadistes, tels une hydre -la comparaison est souvent faite-, ne cessent de ressurgir là où on ne les attend pas. Ils n’ont cessé d’étendre leur rayon d’action meurtrière, jouant sur les complicités claniques, les contradictions ancestrales, les trafics en tous genres, et la faiblesse des États post-coloniaux.

Les 4500 soldats français de l’opération Barkhane constituent de fait la principale force opérationnelle dans cette région, et doivent intervenir dans une zone qui fait au moins six fois la France, désertique ou semi-désertique. C’est mission impossible.

Comme en Afghanistan, si la victoire est impossible, le départ l’est tout autant. Jean-Luc Mélenchon a certes demandé hier au gouvernement d’envisager « les voies d’une sortie d’une guerre dont le sens échappe désormais à nombre de nos compatriotes et de Maliens eux-mêmes ». Pour autant, quel gouvernement prendrait la responsabilité de laisser le champs libre à des groupes terroristes comme Al Qaida ou l’État islamique ? A Bamako comme à Kaboul.

La stratégie française, inchangée depuis 2013, a été de pousser à l’« africanisation » de la lutte contre les djihadistes, avec la constitution du « G5-Sahel » regroupant les pays de la région. Mais cette démarche se heurte à la faiblesse des États et de leurs armées. D’où l’appel lancé par la Ministre des Armées, Florence Parly, à l’aide de l’Europe pour la formation des armées africaines.

L’autre parallèle avec l’Afghanistan, c’est la facilité avec laquelle on passe de libérateur à occupant aux yeux de la population locale. C’est un risque qui complique tout engagement militaire ; c’est évidemment ce qu’espèrent et alimentent les djihadistes. 

Les militaires français sont bien conscients de ce « syndrome afghan » qui pèse sur leur mission au Sahel ; les morts d’hier sont là pour le leur rappeler.

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