Les efforts du Président français se heurtent aux blocages de la classe politique libanaise qui empêchent toute réforme. Même l’audit de la Banque centrale prévu par la « feuille de route » s’est révélé impossible, laissant le pays et ses habitants s’enfoncer dans la crise.

Emmanuel Macron s’est personnellement impliqué dans son initiative pour le Liban, se rendant deux fois à Beyrouth depuis l’explosion du port en août dernier. Sans succès jusqu’ici.
Emmanuel Macron s’est personnellement impliqué dans son initiative pour le Liban, se rendant deux fois à Beyrouth depuis l’explosion du port en août dernier. Sans succès jusqu’ici. © AFP / PATRICK BAZ / Humanitarian Ship for Lebanon / AFP

Qu’elles semblent loin ces images d’Emmanuel Macron marchant dans les rues dévastées de Beyrouth en août dernier, 48 heures après l’explosion qui a dévasté le port de la capitale libanaise ! Le Président s’engageait, auprès des habitants accablés, à soutenir un « pacte national » rénové, et se faisait l’écho du rejet de la classe dirigeante libanaise par la population.
 

Trois mois plus tard, l’impasse reste totale, et l’initiative dans laquelle le Président français s’est impliqué de manière très personnelle, tourne en rond. Au point que, dans un courrier adressé cette semaine au Président libanais Michel Aoun, Emmanuel Macron lui dise clairement qu’en l’état, la communauté internationale ne pouvait pas aider le Liban pourtant exsangue.

L’Élysée a annoncé hier qu’une réunion en visioconférence se tiendrait le 2 décembre, afin de mobiliser une aide humanitaire pour le Liban ; mais il ne s’agit pas des milliards d’aide structurelle qui restent conditionnés à des réformes profondes que le Liban ne semble pas en mesure d’accomplir.

Emmanuel Macron semble démuni face à l’obstruction que continue d’opposer la classe politique libanaise à toute réforme qui entamerait ses privilèges ou ses intérêts géopolitiques comme dans le cas du Hezbollah pro-iranien. 

Le premier obstacle est qu’il n’y a toujours pas de gouvernement au Liban. Ca fait des mois qu’une équipe démissionnaire expédie les affaires courantes. Et le premier ministre pressenti, Saad Hariri, celui-là même qui avait démissionné il y a un an sous pression de la rue, ne parvient pas réunir un consensus.

Mais il y a pire. Parmi les conditions pour débloquer l’aide dont le Liban a besoin, figure un audit de la Banque centrale et des grandes institutions gangrénées par la corruption. Ca faisait partie de la « feuille de route » acceptée par les hommes politiques rencontrés par Emmanuel Macron.

Cet audit s’est révélé impossible, au point que le cabinet international qui devait s’en charger a jeté l’éponge et a quitté le Liban. Il ne parvenait pas à obtenir les documents demandés.

Le drame libanais se déroule désormais en silence. La pauvreté s’est abattue sur plus de la moitié de la population, ceux qui le peuvent quittent le pays pour fuir une situation qu’ils jugent sans espoir, et ceux qui restent se débrouillent comme ils peuvent.

Un article du quotidien francophone « L’Orient-le-Jour » décrivait bien hier l’un des grands paradoxes de ce pays : les Libanais sont de tous temps convaincus qu’ils sont le centre des préoccupations du monde. « Cette vision de la place du pays du Cèdre sur le grand échiquier géopolitique pourrait faire sourire si elle n’était pas de plus en plus décalée par rapport à une réalité beaucoup moins saillante : le Liban n’intéresse plus grand monde », écrit Anthony Samrani. Il ajoute qu’il ne reste guère plus que la France, mais avec une condition : les fameuses réformes.

Emmanuel Macron a-t-il eu trop confiance dans son verbe et sa présence pour faire bouger une situation paralysée ? La France et le monde assistent impuissants au naufrage de la classe politique libanaise, qui préfère laisser couler le pays plutôt que de se sacrifier.

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