Mahmoud Ahmadinejad, le Président iranien, honorait hier de sa présence une conférence intitulée « Le monde sans sionisme ». On aurait pu croire que tout était dit, qu’on pouvait difficilement aller plus loin dans la négation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël mais on n’avait encore rien vu. Mahmoud Ahmadinejad monte à la tribune. Quatre mille étudiants, tout de noir vêtus, scandent aussitôt « Mort à Israël » et que fait ce chef d’un Etat siégeant à l’Onu ? Il estime et dit qu’il n’y a pas assez de vigueur dans ce slogan qui exigerait plus de force dans les voix. « La nation musulmane, lance-t-il, ne permettra pas à son ennemi historique de vivre en son cœur ». « L’issue de plusieurs centaines d’années de guerre se joue sur la terre palestinienne », poursuit-il avant d’expliquer qu’Israël est une création des « forces d’oppression mondiale », autrement dit des Occidentaux, que les « dirigeants musulmans qui le reconnaîtront brûleront dans les flammes de la colère de leur propre peuple » et qu’il faut que les Palestiniens s’unissent pour atteindre « le point d’anéantissement du régime sioniste ». Non seulement le président iranien appelle ainsi, selon ses propres mots, à l’anéantissement d’une nation, non seulement il voue Israël à la destruction et le désigne en ennemi de tous les musulmans, mais il fait sienne l’idée, si chère aux islamistes d’Al Qaëda, selon laquelle la « nation musulmane » est en guerre contre l’Occident et que c’est « sa destinée » qui se joue dans le conflit israélo-palestinien. Si les mots ont un sens, Israël n’est, autrement dit, pour lui qu’un moment d’une guerre, de civilisations entre l’Islam et la Chrétienté. Avec un tel discours, l’Iran vient de faire un retour en arrière d’une décennie, d’effacer les temps où son précédant président, Mohammad Khatami, appelait, au contraire, à un « dialogue des civilisations ». Force est ainsi de constater que la misère du petit peuple iranien et ce sentiment des plus démunis d’être ignorés de leurs dirigeants ont redonné les commandes de cet immense pays marchant vers l’arme atomique à des idéologues voulant renouer avec les débuts de la révolution islamique - replacer l’Iran à la tête des mouvements djihadistes en en refaisant le chef de file de l’Islam radical. C’est ce que vient de tenter Mahmoud Ahmadinejad et c’est d’autant plus inquiétant que ce nouveau Président a, parallèlement, durci le ton, dans ses négociations avec l’Europe sur son potentiel atomique. Tout se passe comme si Mahmoud Ahmadinejad avait décidé là de se draper dans la cause palestinienne et la défense de l’Islam pour mieux faire face aux secteurs plus modérés du régime qui ne se privaient plus depuis quelques semaines de critiquer sa conduite des négociations avec l’Europe et l’isolement dont elle menace le pays. Ce discours signifie qu’une vraie bataille est en cours à Téhéran, que les radicaux sont bien décidés à ne pas se laisser intimider et à faire des traîtres de leurs adversaires qui avaient fini par envisager, en 2002, la coexistence de deux Etats, israélien et palestinien.

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