« Je ne suis pas ici pour survivre mais pour diriger », déclarait, hier Mme Livni en expliquant sa décision d’aller à des élections anticipées plutôt que de continuer à marchander des soutiens. Chargée de former un nouveau gouvernement israélien après la démission, fin septembre, du Premier ministre Ehud Olmert, elle se heurtait depuis plusieurs jours, au chantage du Shas, le parti religieux de la coalition sortante. Ou bien elle s’engageait à ne pas négocier sur Jérusalem avec les Palestiniens et à procéder à une augmentation des allocations familiales, souhaitée par les plus religieux car ils font de nombreux enfants, ou bien elle n’aurait pas les voix des douze députés de ce parti. Israël est touché par la crise financière et le sera de plus en plus. Annoncer que le statut de Jérusalem n’était plus négociable, c’était instantanément rompre les pourparlers avec les Palestiniens. Tzipi Livni a donc préféré le risque de nouvelles élections à la certitude de difficultés budgétaires et d’un arrêt, surtout, des négociations de paix dont les seuls bénéficiaires auraient été les islamistes. C’est un pari que vient de faire cette jeune femme, très populaire mais encore relativement novice sur la scène politique israélienne. Le Likoud, le parti de droite, hostile à toute concession aux Palestiniens, pourrait en profiter en faisant valoir que si Mme Livni n’est pas capable de reconduire la majorité sortante elle le serait encore moins de gouverner le pays mais « Tzipi », comme l’appellent les Israéliens, ne manque pas d’atouts. Au-delà même de sa popularité, elle vient d’envoyer promener un parti religieux qui horripile la grande majorité du pays, à droite comme à gauche, à force de ponctionner le budget en faveur des familles et des institutions religieuses. Il fallait du cran pour le faire alors que le système proportionnel rend le Shas incontournable. Tzipi Livni l’a fait, en montrant qu’elle n’était pas prête à tous les compromis pour arriver au pouvoir. Non seulement, elle vient d’en appeler directement au peuple mais, en rompant avec le Shas sur la question de Jérusalem, elle a mis la paix au cœur des futures élections en demandant, de fait, un blanc-seing pour la poursuite des négociations avec les Palestiniens. C’est là-dessus que les Israéliens seront maintenant appelés à voter à la mi-février et l’on mesure, là, l’évolution des forces politiques israéliennes. On avait déjà vu Ariel Sharon, l’homme du grand Israël, évacuer Gaza, quitter le Likoud et fonder un nouveau parti, Kadima, avec l’intention déclarée de rendre également une large partie de la Cisjordanie aux Palestiniens. Désormais dirigée par Mme Livni, Kadima envisage aujourd’hui un partage de Jérusalem. L’idée d’un retrait israélien des Territoires occupés a fait de grands pas et si une victoire de Barack Obama venait faciliter celle de ce Bonaparte au féminin, beaucoup de choses pourraient en changer.

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