C’est au quart de tour que le débat est parti. Catherine Ashton la Haute représentante pour l’action extérieure de l’Union venait à peine de nommer, avant-hier, ses principaux collaborateurs, l’Europe venait à peine de réaliser qu’elle serait vraiment dotée, le 1ier décembre, d’un ministère des Affaires étrangères qu’aussitôt les doutes se sont exprimés, vigoureusement, sur la possibilité de mettre en œuvre une diplomatie européenne. Général, ce scepticisme n’est pas infondé car la tâche est, effectivement, titanesque. Les deux pays membres qui comptent le plus sur la scène internationale, la Grande-Bretagne et la France, n’entendent certainement pas s’effacer devant une diplomatie commune, ce qui ne serait, d’ailleurs, pas souhaitable. Ceux qui ont une politique étrangère active, comme l’Espagne et la Pologne, ou qui en développent une, comme l’Allemagne, ne le souhaitent pas non plus. Les plus petits pays européens soupçonnent que les grands voudront mettre la main sur ce Service d’action extérieure et s’en méfient, donc, à l’avance. Le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas l’enthousiasme et le pire est que les dossiers internationaux sur lesquels les Européens divergent sont, bien évidemment, nombreux, du Proche-Orient au Kosovo, en passant, c'est l'essentiel, par la relation avec les Etats-Unis. Pire encore, l’Union a un président du Conseil, un président de la Commission et une Haute représentante qui tous aspirent à l’incarner à l’extérieur et leur rivalité, personnelle et fonctionnelle, ne fera que s’ajouter à des tiraillements prévisibles. Tout cela est vrai. Tout cela pèsera mais n’y a-t-il, là, pour autant, que qu’illusions et dépenses inutiles ? Ce n’est pas déjà dit pour cinq raisons. La première est que, 20 ans après la chute du mur, les Etats-Unis sont et seront toujours moins investis en Europe parce que ce n’est plus ce continent qui leur pose problème et que leur endettement et leurs déficits leur interdisent d’être partout. L’épineuse question américaine se posera de moins en moins à l’Europe car la question européenne se pose de moins en moins aux Etats-Unis. L’Union devra, par la force des choses, se chercher une politique étrangère et de sécurité qui lui soit propre et la deuxième raison qui l’y conduira est que les pays européens, à quelques exceptions près, ne pèseront bientôt plus assez face aux pays émergents pour se faire encore entendre dans les instances internationales. Ils ne le pourront que collectivement, par une diplomatie commune dont l’émergence est d’autant moins à exclure – troisième raison de ne pas le faire – que l’autre grand sujet de discorde européenne, la relation avec la Russie, s’estompe également. Depuis que la Pologne n’y est plus hostile, l’idée d’essayer de bâtir un partenariat continental entre l’Union et la Fédération de Russie ne cesse de progresser et il y a là un énorme chantier, totalement déterminant, sur lequel fonder une politique commune. La quatrième raison de ne pas, déjà, enterrer ce service est qu’il va, par sa seule existence, affirmer les positions communes des Européens et en définir de nouvelles et la cinquième raison est qu’il s’agit, là, d’une ambition de long terme dont personne, à court terme, n’attend de miracles.

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