Ce spectacle et sa répétition disent tout à eux seuls. Hier à Bruxelles, les dirigeants européens étaient pour une énième fois réunis en sommet, plus épuisés que jamais, courant d’un dossier à l’autre, en oubliant même de sourire aux cameras et, s’ils ont enfin su se mettre d’accord, au milieu de la nuit, sur l’effacement d’une moitié de la dette grecque, la recapitalisation des banques, l’augmentation des moyens du Fonds de stabilisation financière et le renforcement de la gouvernance économique, ils ne sont pas du tout parvenus, au contraire, à donner à l’Union le visage d’une puissance sûre d’elle-même, dotée d’institutions claires et efficaces et sachant où elle va.

Le pire a été évité. Compte tenu des circonstances, il y a même de la prouesse dans cette réussite mais, devant tant de confusion, de retards pris, de mesures nécessaires mais insuffisantes et incompréhensibles à force d’avoir été marchandées, devant cet échec institutionnel que chacun perçoit et qui finit par lasser de tout ce qui est européen, il est temps de paraphraser Mme Thatcher. « Le communisme, ça ne marche pas », avait-elle lancé, au milieu des années 80 et, tout comme le communisme hier, l’Europe – l’Europe telle qu’elle ne fonctionne pas aujourd’hui – ça ne marche pas.

Qu’il n’y ait pas de malentendu. L’histoire de la construction européenne est celle d’un succès. C’est grâce à ce patient et difficile travail de rapprochement entre des nations qui n’avaient, jusqu’alors, jamais cessé de se faire la guerre, que l’idée même d’une guerre entre l’Allemagne, la France ou la Grande-Bretagne est devenue aussi inconcevable qu’un conflit entre deux Etats des Etats-Unis. C’est un fantastique résultat qui justifierait à lui seul la construction européenne et ce n’est pas tout, et loin de là.

Par la démultiplication des échanges entre nos pays, le marché commun a parachevé la prodigieuse renaissance européenne d’après-guerre. Pour une génération entière d’Européens, les postes frontières entre pays de l’Union ne sont même pas un souvenir mais une étrangeté historique qui, parait-il, existait avant comme les barrières d’octroi. Les Européens ont une monnaie commune dont le seul inconvénient est d’autre trop forte. L’idée d’appartenance à un ensemble commun, volontairement constitué, s’est lentement mais sûrement imposée et, même maintenant, même dans cette crise, l’Europe séduit tant qu’on tambourine à sa porte pour pouvoir y entrer.

L’Europe est un succès mais c’est précisément parce qu’elle l’est, parce qu’elle a tant progressé et continue de le faire toujours plus vite, qu’elle ne peut plus fonctionner comme si elle n’était qu’une union douanière. Des décisions sont à prendre à chaque heure de chaque jour, les citoyens européens doivent pouvoir savoir – c’est une exigence de la démocratie – qui les prend et pourquoi.

Ils doivent pouvoir élire et sanctionner ces décideurs. Directement ou indirectement, l’Europe doit se doter d’un exécutif élu. Elle doit avoir un Parlement qui ne le soit plus à demi. L’Europe ne plus être dirigé par les affligeants sommets de ces derniers mois mais doit enfin marcher vers un objectif clair et mobilisateur, celui des Etats-Unis d’Europe.

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