Pendant des mois les Chiliens ont protesté dans la rue ; dimanche, ils ont voté massivement pour changer la Constitution, une victoire historique sur l’ère Pinochet qui montre la maturité de ce mouvement social.

Manifestations de joie dans le centre de Santiago du Chili, dimanche 25 octobre, après la victoire massive du « oui » au référendum constitutionnel
Manifestations de joie dans le centre de Santiago du Chili, dimanche 25 octobre, après la victoire massive du « oui » au référendum constitutionnel © AFP / Pedro Ugarte / AFP

Dans le flot de mauvaises nouvelles sanitaires ou politiques du monde, il y a des éclaircies presque miraculeuses. Les images de liesse populaire, dimanche soir, dans le centre de Santiago du Chili étaient impressionnantes, massives, radieuses. La population célébrait la victoire du « Oui » à hauteur de 78% dans un référendum historique.

Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut remonter plusieurs mois en arrière, avec les manifestations de masse qui ont secoué le Chili. Elles sont parties de la hausse du ticket de métro, et sont devenues une contestation générale du « modèle chilien », de ses profondes inégalités sociales ; et finalement de l’ordre constitutionnel.

La constitution chilienne est un enjeu majeur. Elle date de 1980, à l’époque de Pinochet, et fut approuvée lors d’un référendum contesté. Elle est devenue un symbole de blocage du système économique et social au Chili, et c’est ce « déblocage » qui s’est joué dimanche.

Les Chiliens ont répondu à deux questions : la première, simple, voulez-vous une nouvelle constitution ? La seconde, plus complexe, leur demandait de choisir qui allait la rédiger, s’ils répondaient positivement à la première question. 

Le choix était entre les élus actuels, et une nouvelle assemblée constituante : les Chiliens ont choisi de faire table rase, et d’élire, en avril prochain, une assemblée constituante dont le travail sera soumis à un nouveau référendum, début 2022.

C’est historique car le Chili a toujours été un laboratoire politique, en particulier sous Pinochet, avec les thèses libérales des « Chicago boys », ces économistes qui ont testé au Chili ce qu’on appellera ensuite le « néo-libéralisme ». La Constitution héritée de Pinochet a figé cette situation, empêchant toute réforme structurelle fondamentale.

Ce qui s’est passé dimanche est d’autant plus important que le mouvement social qui a traversé le Chili avait connu un coup d’arrêt avec le coronavirus. Le référendum a montré qu’il avait su passer de la rue aux urnes, une maturité rare.

Le Chili n’est pas le seul à avoir connu un tel mouvement social : au même moment, en 2019, l’Algérie, le Liban, ou Hong Kong connaissaient des mouvements de masse, dans des contextes et avec des revendications différentes, mais avec un point commun : il s’agissait de mouvements issus de la société civile, animés par la jeunesse, sans leader ou avant-garde autoproclamée.

Tous n’ont pas connu les mêmes fortunes. On sait ce qui s’est passé à Hong Kong, avec la chape de plomb imposée par Pékin ; au Liban ou en Algérie, la rue a dicté l’agenda politique mais s’est heurtée à la force d’inertie des pouvoirs. En Irak, les jeunes manifestants se sont fait tirer dessus. Depuis, d’autres pays se sont soulevés, comme la Thailande ou la Biélorussie, illustrant la diversité de ce souffle de révolte.

Ce que le Chili a montré, c’est qu’à un moment, la société civile qui a conquis la rue doit pouvoir passer au plan politique, et la question de la Constitution est venue coaguler tous les espoirs. On n’a pas fini d’écrire l’histoire de ces mouvements sociaux au temps du coronavirus, contrariés, étouffés, mais parfois victorieux.

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