Entre le beurre et les canons, entre les armées d’un côté, l’enseignement, la recherche ou la santé de l’autre, le choix semble tout fait. On préfère, bien sûr, investir dans l’avenir et le bien-être plutôt que dans les destructions et la guerre. Cette augmentation, 6,1% de hausse, des crédits militaires français a donc tout pour choquer, surtout dans une période de difficultés économiques et sociales mais il y avait, pourtant, des raisons de l’inscrire au budget. Nous avons en effet, nous, les Européens, à faire un choix. Nous pouvons soit avoir une défense qui nous mette un jour, pas en un jour d’ailleurs, au niveau des Etats-Unis ou bien considérer que cette ambition est trop coûteuse pour nous et nous reposer sur l’Amérique. Dans cette seconde hypothèse, qui se plaide, qui n’est pas absurde, nous aurions plus d’argent, beaucoup plus à consacrer aux dépenses civiles, à la formation, aux équipements, à la protection sociale, à l’aide internationale au développement aussi, toutes choses capitales, qui font la force et la cohésion d’une nation, d’un ensemble de nations en l’occurrence. Le problème est que ce choix aurait un prix car, sans défense digne de ce nom, on n’a pas, non plus, de politique étrangère. Quand on délègue sa défense à une autre puissance, on adopte aussi sa politique étrangère, ses priorités, ses alliances, son regard sur le monde, ses guerres éventuellement. On devient en un mot, comme aux temps féodaux, le vassal d’un suzerain dont la puissance modèle un monde qui s’impose alors à vous. On ne peut pas à la fois s’inquiéter de l’hyperpuissance américaine, de ce monopole de la décision politique que les Etats-Unis veulent s’arroger, et se refuser les moyens d’exercer un contrepoids à cette toute puissance, d’exister, de faire exister l’Europe politiquement et militairement. Si nous n’avons pas les moyens, satellitaires, budgétairement lourds, d’avoir nos propres sources de renseignement, nous ne pouvons que croire ce que nous disent les Américains, donc approuver ce qu’ils nous disent et font. Si nous n’avons pas d’avions pour transporter nos troupes, même à nos marches, dans les Balkans hier, ailleurs demain, nous ne pouvons, à nos propres frontières, dans notre zone d’influence, que demander l’aide de l’Amérique, dépendre d’elle, qu’adopter, en conséquence, des solutions imaginées à Washington et qui ne répondent pas forcément à nos intérêts. Si nous n’avons pas, en bref, les moyens de notre politique, nous ne devons pas nous étonner que les autres continents nouent, à défaut d’Europe, une relation exclusive avec les Etats-Unis, que nous ne pesions pas au Proche-Orient, pas en Inde, guère en Chine, presque plus en Russie, à peu près nulle part bientôt, que les produits, la culture, le modèle social américain prévalent toujours plus et que les Etats-Unis, comme cela se passe toujours en situation de monopole, non seulement imposent leur loi mais, bien plus grave encore, commettent des erreurs à leur dimension, d’immenses erreurs qui ne seront évidemment pas sans conséquences pour nous. Tout a un prix.

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