C’est un tête-à-queue qu’opèrent, là, les Etats-Unis. Cette conférence internationale sur l’Irak qu’ils avaient refusée quand la France l’avait proposée il y a près d’un an, quand elle aurait eu de bien meilleures chances de succès qu’aujourd’hui, voilà, avant que le chaos irakien ne devienne aussi grand, désormais, qu’ils la veulent maintenant, tout de suite. Mieux encore, outre la Chine et l’ensemble des grandes puissances économiques, ils veulent y convier des régimes dont cette guerre avait le renversement pour objectif déclaré. Grâce à la chute de Saddam Hussein, disait-on à Washington, grâce à la contagion démocratique qu’elle suscitera, expliquaient les néo-conservateurs, les gouvernements saoudien, iranien et syrien n’auront plus le choix qu’entre s’ouvrir ou tomber. Or, depuis samedi, l’Arabie saoudite, la Syrie, même l’Iran, l’un des trois pays de l’« axe du mal », sont conviés à réfléchir, avec les Etats-Unis, aux moyens de stabiliser l’Irak. Après le constat d’inexistence des armes de destruction de massive prêtées à Saddam on pouvait difficilement imaginer plus grand aveu d’échec mais ce retournement a des raisons majeures. La première est que l’élection présidentielle n’est pas jouée, que John Kerry et Georges Bush auront, jeudi, le premier de leurs débats télévisés, que ces face-à-face seront décisifs et que l’un des premiers chevaux de bataille du candidat démocrate est précisément l’organisation d’une conférence de ce type, la réconciliation de l’Amérique et de ses alliés pour trouver une porte de sortie à la crise irakienne. Georges Bush veut couper l’herbe sous les pieds à son adversaire mais la tactique électorale n’est pas sa seule motivation. Quoi qu’il en ait dit jusqu’à ces derniers jours - et avec quelle morgue ! - la situation irakienne ne s’améliore évidemment pas. Elle se dégrade comme vient de le reconnaître Colin Powell, son secrétaire d’Etat, et les élections prévues en janvier seront extrêmement difficiles à organiser, comme vient de l’admettre Donald Rumsfeld, son secrétaire à la Défense. Tout, en un mot, déraille à Bagdad et, avant que cela ne soit plus discutable, avant qu’on ait vu pire encore, Georges Bush devait éviter d’être bientôt démenti par l’ouverture des journaux télévisés, de se laisser rattraper par l’événement. Le candidat le devait reprendre mais le Président aussi car, même battu et, a fortiori réélu, il lui faut tenter de partager au moins la responsabilité de son échec, pouvoir tout mettre sur le dos des alliés si ce projet de conférence n’aboutissait pas ou les avoir fait monter dans son radeau et écoper avec lui si elle se tient et que les élections devaient être, néanmoins, reportées. La ficelle est grosse mais ce tête-à-queue de la Maison-Blanche met les Européens, la France en particulier, en délicate position. Ils ne peuvent ni refuser ce qu’ils avaient eux-mêmes souhaité ni accepter que cette Conférence se tienne à la hâte, sans ordre du jour ni objectifs politiques définis.

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