Tout dérapait, ce week-end, au Proche-Orient. Vendredi, lors d’une parade de victoire du Hamas dans la Bande de Gaza, une mystérieuse explosion avait fait une quinzaine de victimes palestiniennes. Le plus probable, non pas la certitude mais le plus probable à ce stade, est qu’il se soit agi d’un accident, d’une imprudence des militants islamistes, mais, quoi qu’il en soit, le Hamas avait lancé, en riposte disait-il, des tirs de roquette sur le territoire israélien. L’affaire était grave car Ariel Sharon, accusé par l’aile droite de son parti d’avoir fait de Gaza, en s’en retirant, une « base terroriste » à partir de laquelle les Palestiniens pourraient bombarder Israël, ne pouvait ne pas réagir. Il le pouvait d’autant moins qu’il devait affronter trois jours plus tard, hier, lundi, une sévère bataille au Comité central du Likoud, son propre parti, devant lequel l’ancien premier ministre Benjamin Netanyahu l’avait mis en accusation. Les ordres de représailles sont aussitôt tombés, aussitôt suivis d’effets. L’habituel engrenage de la violence se remettait en branle mais, dimanche soir, le Hamas annonçait soudain qu’il ne poursuivrait pas ses tirs à partir de Gaza et en revenait au cessez-le-feu en vigueur depuis la préparation du retrait israélien. Au même moment ou presque, Ariel Sharon se faisait couper le micro devant son Comité central qu’il était obligé de quitter, encadré par ses gardes du corps. La droite israélienne sombrait dans le psychodrame. L’affaire semblait très mal engagée pour le Premier ministre mais, hier soir, le Likoud a finalement refusé de lui imposer d’avancer les primaires en vue des élections de novembre 2006. Cela s’est joué à quatre points, 51% contre 47% des voix, mais Ariel Sharon n’a pas été mis en minorité, la raison l’a finalement emporté, des deux côtés, israélien et palestinien. Tous les ingrédients d’une crise majeure étaient réunis mais elle a été évitée car le Hamas, d’abord, ne parvenait pas à convaincre la population de Gaza que l’explosion de vendredi était imputable aux Israéliens et qu’il est profondément divisé, surtout, entre deux courants, les partisans d’une poursuite de la lute armée et ceux d’une pause politique, voire d’un compromis avec Israël que la majorité des Palestiniens souhaitent. Les premiers disent que, sans la deuxième Intifada et ses attentats, il n’y aurait pas eu de retrait israélien et qu’il faut donc maintenant libérer toute la Palestine par les armes. Les autres ont l’œil fixé sur les législatives palestiniennes de janvier qui pourraient apporter beaucoup de sièges au Hamas et se voient déjà devenir des interlocuteurs obligés d’Israël, peut-être même - certains d’entre eux en parlent - ceux qui signeraient, un jour, un règlement de paix. Quant au Likoud, ce sont les sondages qui l’ont fait réfléchir. Non seulement les Israéliens ont approuvé l’évacuation de Gaza mais, si Ariel Sharon avait été mis en minorité, il aurait eu toutes les chances de rester aux commandes en fondant un nouveau parti et demandant aux électeurs de trancher entre l’extrême droite et lui. La paix n’a pas déjà perdu car les deux peuples la veulent.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.