En homme politique moderne, Nicolas Sarkozy a dit hier ce qu’on attendait de lui. Recevant à l’Elysée le chef du gouvernement birman en exil, il a non seulement appelé le Conseil de sécurité et l’Union européenne à prendre des sanctions économiques contre la junte mais également demandé aux entreprises françaises et notamment à Total, très présent en Birmanie, de ne pas y procéder à de nouveaux investissements. Parfait. Cela ne déplaira à personne mais, outre qu’il y a une grande différence entre ne pas faire de nouveaux investissements et se retirer ou suspendre, au moins, ses activités, outre qu’il y a donc, là, beaucoup d’artifice verbal, les sanctions économiques sont-elles vraiment la meilleure réponse à un tel drame ? On pense généralement que oui. L’annonce de sanctions est aujourd’hui devenue la marque minimale et obligée d’une désapprobation politique car on considère comme immoral et cynique de commercer avec des dictatures. C’est une idée consensuelle mais, en fait, éminemment discutable et il suffit, pour s’en convaincre, d’aller lire les témoignages que la BBC a demandé aux Birmans d’envoyer sur son site. Tous disent leur horreur de ces militaires voleurs, obtus et brutaux. Tous décrivent la non-violence des manifestants et les coups de crosse frappant les crânes. Tous disent la crainte d’un bain de sang et l’espoir d’un compromis négocié permettant d’éviter une guerre civile mais ce n’est pas à des sanctions que ces témoignages appellent et la raison en est claire. Si, par hypothèse, les entreprises occidentales se retiraient de Birmanie que se passerait-il en effet ? Ces généraux corrompus organiseraient un peu plus de trafics avec les pays limitrophes. Leurs comptes en banque ne s’en porteraient pas plus mal mais mieux encore. Beaucoup d’entreprises birmanes seraient en revanche condamnées à la faillite. La pauvreté deviendrait plus grande encore et la Chine, surtout, aurait le champ libre pour faire un peu plus main basse sur la Birmanie en cajolant sa junte qui s’achèterait alors une survie à l’ombre de ce grand protecteur. Le problème n’est pas de se draper dans une vertu d’apparat mais d’aider les Birmans à devenir libres. Cette junte est vieille et fatiguée. Elle peut très vite en revenir à la même boucherie qu’elle avait organisée en 1988, 300 morts, mais elle hésite encore à le faire car elle sait qu’il n’y a plus, là, d’avenir pour elle. Ce que les démocraties pourraient faire de mieux pour ce pays serait de tenter, avec la Chine, une opération de médiation garantissant aux généraux la possibilité de sortir de scène sans risques et aux Birmans des élections libres, sous contrôle international, et l’instauration de la démocratie. La Chine aurait tout à y gagner. Elle préserverait ses intérêts birmans, s’imposerait en acteur de la scène internationale et améliorerait considérablement son image. Il ne serait pas impossible qu’elle accepte cette démarche que la junte ne pourrait alors pas refuser et si cela échoue, il sera toujours temps d’en venir aux sanctions.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.