Ce devait être noir ou blanc mais c’est gris. A hier soir minuit, à l’expiration des dix mois de gel de la colonisation des territoires occupés, ce devait être la rupture des pourparlers israélo-palestiniens si ce gel n’était pas prolongé ou l’annonce, au contraire, d’un compromis qui aurait permis la poursuite de ces pourparlers entamés au début du mois. L’alternative était claire puisque le président palestinien, Mahmoud Abbas, avait dit et répété qu’il se retirerait à l’instant des négociations si les constructions israéliennes reprenaient dans les territoires mais l’heure a sonné, aucun compromis n’a été annoncé, le gel n’a pas été prolongé, les colons ont coulé les fondations d’une crèche devant une forêt de caméras et… Rien, rien qu’une très silencieuse entrée dans une zone grise où rien n’est encore dit de la suite, ni rupture, ni évolution, rien que le silence radio sur une furie de discussions de l’ombre dans lesquelles Israéliens et Palestiniens cherchent toujours, après l’heure, les moyens de ne pas rompre sans se dédire, de ne pas prolonger, pour les premiers, le gel tout en évitant le départ des Palestiniens et, pour les seconds, de ne pas accepter ce qu’ils avaient dit refuser sans, pour autant, quitter la table. C’est une étrange situation, un entre-deux inédit dont le nouveau terme semble être une réunion de la Ligue arabe, lundi prochain, au cours de laquelle Mahmoud Abbas et l’ensemble des gouvernements arabes devraient décider ensemble de la conduite à tenir. C’est le président palestinien lui-même qui l’a annoncé dans une interview publiée hier mais enregistrée jeudi, signe qu’il savait avec trois jours d’avance que les horloges allaient s’arrêter car il serait nécessaire de donner du temps au temps. Alors, question, où en est-on ? Première hypothèse, on s’achemine bel et bien vers la fin de ces pourparlers dont l’officialisation n’a été retardée par les Palestiniens que pour montrer au monde que ce n’était pas leur intransigeance qui était en cause mais celle de Benjamin Netanyahou qui s’est refusé au geste de bonne volonté que le monde entier, Etats-Unis en tête, l’appelait à faire. Si tel est le cas, la prochaine étape ne devrait pas être une troisième intifada, une reprise des combats et attentats palestiniens que Mahmoud Abbas a d’ores et déjà exclue en disant qu’elle n’apporterait rien de plus à son peuple que les deux précédentes. Dans cette première hypothèse on devrait plutôt aller, sous une quinzaine de mois, à une proclamation unilatérale d’un Etat palestinien qu’assez de pays pourraient alors reconnaître pour que cela pose de sérieux problèmes aux Israéliens. Si ces négociations étaient vraiment rompues, la position diplomatique d’Israël se détériorait gravement, trop gravement pour qu’on puisse dès aujourd’hui, exclure, une seconde hypothèse, celle dans laquelle, ayant prouvé à sa droite qu’il ne cédait pas aux pressions internationales, Benjamin Netanyahou pourrait maintenant donner des raisons aux Palestiniens de ne pas claquer la porte. Dans les coulisses, c’est sur cette hypothèse-là que la diplomatie travaille mais reste à la concrétiser.

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