Humilié, dépité, le président russe a laissé exploser sa colère.

Contraint d’annoncer samedi dernier, qu’il ne se représenterait pas au printemps prochain et laisserait donc Vladimir Poutine, son prédécesseur et Premier ministre, lui succéder tandis que lui-même lui succéderait à la tête du gouvernement, Dmitri Medvedev s’en est pris au ministre des Finances, un proche de Vladimir Poutine, et l’a proprement éjecté de son poste.

« Si vous n’êtes pas d’accord avec la politique du président, vous pouvez signer votre démission », lui a-t-il lancé après que ce ministre, Alexeï Koudrine, eut déclaré qu’il ne resterait pas au gouvernement si Dmitri Medvedev en prenait les commandes. « Vous pouvez prendre conseil auprès de qui vous voudrez, a-t-il ajouté dans une claire allusion à Vladimir Poutine, mais tant que je suis président, c’est moi qui prend ces décisions » et quelques instants plus tard, le ministre des Finances lui remettait sa démission, aussitôt acceptée.

Les choses sont maintenant dites à Moscou. Contrairement à l’idée reçue qui voudrait qu’il n’y ait pas de différences entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev qui ne seraient que les deux faces d’une même politique, il y a conflit, profond et sérieux, au Kremelin. Arrivé à l’âge adulte après l’effondrement soviétique et juriste de formation, Dmitri Medvedev incarne la nouvelle génération russe, celle des jeunes classes moyennes urbaines, très occidentalisées, qui se sont développées avec l’économie de marché. Tandis que Vladimir Poutine, formé dans l’ancienne URSS et ancien agent du KGB, pense, agit et réagit en nostalgique des temps soviétiques.

Sitôt qu’il avait été intronisé candidat à la présidentielle de 2008 par Vladimir Poutine auquel la Constitution interdisait de briguer un troisième mandat consécutif, Dmitri Medvedev avait donc marqué sa différence. Alors que son prédécesseur cultivait l’illusion d’une Russie au destin singulier de puissance eurasiatique, le nouveau président avait, lui, défini son pays comme l’une des trois branches de la « civilisation européenne » avec les Etats-Unis et l’Union européenne. Après avoir exprimé par là son désir d’arrimer la Russie au monde occidental, de moderniser son économie et de lui faire reprendre la route de la démocratie, Dmitri Medvedev s’était fait le grand dénonciateur de la corruption, de l’arbitraire policier et de l’arriération économique d’un pays dont les revenus dépendent du pétrole et non pas de la production industrielle.

Chef de l’Etat, Dmitri Medvedev en était venu à remplir le rôle d’un chef de l’opposition, à incarner une alternative au vrai pouvoir détenu par Vladimir Poutine avec lequel il avait fini par entrer en conflit ouvert lorsqu’il a refusé d’opposer le veto russe à la résolution du Conseil de sécurité autorisant la protection militaire des insurgés libyens. Tout en protestant de leur bonne entente, ces deux hommes étaient entrés en compétition depuis le printemps mais, menaces, chantage ou simple réalité du rapport de forces, Dmitri Medvedev a finalement été obligé de s’incliner devant Vladimir Poutine.

Il l’avait fait avec le sourire mais vient, maintenant, de se rebiffer, sans que l’on puisse encore savoir si cela aura ou non des suites.

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