Cette prudence, cette impuissances des grandes puissances, a des vraies raisons. Ce n’est pas parce qu’elles seraient indifférentes ou lâches, « munichoises » comme on le dit si facilement, que l’Amérique et l’Europe ne font rien ou presque contre le régime syrien dont elles ne cessent pourtant de dénoncer les crimes, toujours plus atroces.

Ce qui retient les Occidentaux d’intervenir dans ce conflit, c’est d’abord que la Chine et la Russie s’y opposent et qu’il faudrait donc, pour le faire, se passer de l’accord du Conseil de sécurité des Nations-Unies où elles disposent d’un droit de veto. Si les Occidentaux en arrivaient là, ils briseraient l’Onu qui, aussi paralysée et insatisfaisante qu’elle soit, n’en reste pas moins la seule enceinte de concertation mondiale et la seule source de légalité internationale. L’Onu brisée ou définitivement marginalisée, grandes et petites puissances pourraient faire ce que bon leur semble. Ce serait le retour à la loi de la jungle et la fin des conventions et règles de conduite internationales qui introduisent un minimum de droit commun dans l’arène mondiale.

Ce n’est pas une décision qu’on pourrait prendre à la légère et la seconde chose qui retient les Occidentaux est que l’armée et l’aviation syriennes sont loin d’être aussi faibles que celles de Muamar Kadhafi, qu’une intervention en Syrie serait une vraie guerre à laquelle il y aurait, de surcroît, toute chance que l’Iran prenne part et la transforme en un conflit qui s’étendrait à tout le Golfe, au réservoir de pétrole dont dépend une économie mondiale déjà en crise.

Aucun chef d’Etat ne saurait sous-estimer ces risques mais est-ce à dire qu’il n’y aurait vraiment rien à faire et que l’humanité devrait se résoudre à laisser ce régime d’assassins continuer à bombarder ses villes, tuer et torturer jusqu’à des enfants ? Cette question hante les dirigeants occidentaux, mine beaucoup d’entre eux, mais leur consensus actuel est qu’on ne pourrait pas même livrer des armes aux insurgés parce qu’elles pourraient tomber entre les mains de djihadistes, être retournées un jour contre l’Occident, permettre des attentats terroristes et servir à la déstabilisation de pays voisins de la Syrie.

C’est vrai. Ces dangers seraient réels mais c’est à l’aune d’autres dangers, ceux de la passivité occidentale, qu’il faut les peser. Plus le temps passe, plus cette insurrection qui avait été non-violente se radicalise, plus elle déchire les communautés syriennes et plus elle fait place à des combattants djihadistes qui trouvent là l’occasion de rebondir en semant la haine. C’est l’inaction de l’Occident qui transforme cette révolution démocratique en guerre de religions – la majorité sunnite contre la minorité chiite au pouvoir. C’est elle qui creuse ce fossé et place les Chrétiens dans une situation impossible. C’est elle qui prête la main aux djihadistes et rend cette crise toujours plus insoluble.

Sans plus tarder, les Occidentaux devraient autrement dit faire ce qu’ils ont fait en Egypte et en Libye et que leurs principes devraient leur commander – prendre le parti de la liberté, ouvertement, clairement, et la soutenir, en l’occurrence, en lui livrant des armes. C’est ainsi et pas autrement qu’on combattra tout à la fois la barbarie de cette dictature et les partisans de la guerre sainte.

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