C’est un débat dont dépendront beaucoup de choses en Europe et, notamment, en France. Ce vendredi en fin d’après-midi, le SPD, le parti social-démocrate allemand, réunit quelques deux cents délégués nationaux et régionaux pour débattre des avantages et inconvénients que présenterait son entrée dans une coalition gouvernementale aux côtés de la démocratie-chrétienne et d’Angela Merkel, grands vainqueurs des élections de dimanche dernier.

La crainte de la gauche, on en parlait hier dans cette chronique, est de se dissoudre et perdre son identité en devenant un simple supplétif de la droite à laquelle il ne manque que cinq députés pour pouvoir gouverner seule. La base du parti refuse cette idée d’une coalition dans laquelle la social-démocratie ne pèserait pas assez pour imprimer sa marque sur la politique allemande mais la direction du parti est, elle, beaucoup moins réticente pour trois raisons.

La première est qu’en condamnant la droite à former un gouvernement minoritaire et, donc, fragile, la gauche apparaîtrait plus soucieuse des ses propres intérêts que de ceux de l’Allemagne et risquerait d’en être condamnée par les électeurs qui souhaitent très majoritairement que la droite et la gauche gouvernent ensemble. La deuxième est que la droite a tant besoin du soutien des élus de la gauche que la social-démocratie peut lui imposer ses deux principales conditions qui sont l’instauration d’un salaire minimum interprofessionnel et une augmentation des impôts sur les revenus les plus élevés.

Quant à la troisième raison qui plaide, aux yeux de la direction social-démocrate, en faveur d’une grande coalition, elle est que les entreprises allemandes tendent aujourd’hui à rejoindre la gauche sur deux points fondamentaux.

Comme la gauche, elles considèrent aujourd’hui que Berlin devrait assouplir ses exigences en matière de rigueur budgétaire dans l’Union puisque c’est en Europe que l’Allemagne réalise les deux tiers de ses exportations et qu’elle aurait donc à souffrir, à beaucoup souffrir, de la persistance d’un marasme économique chez ses partenaires. En pointillés mais de plus en plus clairement, une convergence apparaît ainsi entre le SPD, le patronat allemand, la France et les pays de l’Union qui sont le plus en difficultés et l’entrée de la social-démocratie dans le troisième gouvernement Merkel permettrait de favoriser une relance de la croissance européenne.

Ce serait un changement de donne, éminemment souhaitable, et les entreprises allemandes, comme les syndicats bien sûr, souhaitent également qu’un effort d’investissement marqué soit fait dans les infrastructures qui vieillissent dangereusement outre-Rhin. Là encore, le patronat allemand tend à rejoindre les préoccupations de François Hollande qui plaide pour des investissements européens et deux des banquiers centraux allemands ont appelé, hier, à cet effort d’avenir en ne semblant pas exclure qu’il soit financé par un relèvement de la fiscalité. Parce que l’Europe est une, le débat en cours à Berlin n’est pas qu’allemand. Il est européen.

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