C’est le refus de participer en 2003 à l’invasion de l’Irak qui reste le fait marquant de l’action internationale du Président, un geste qui lui vaudra un grand froid avec Washington mais est aujourd’hui unanimement considéré comme un choix lucide.

Jacques Chirac écarte un agent de la sécurité israélienne lors de sa visite dans la vieille ville de Jérusalem, le 22 octobre 1996, émaillée d’incidents.
Jacques Chirac écarte un agent de la sécurité israélienne lors de sa visite dans la vieille ville de Jérusalem, le 22 octobre 1996, émaillée d’incidents. © AFP / JIM HOLLANDER / AFP

En politique étrangère, l’histoire retiendra d’abord le refus de Jacques Chirac de participer à l’invasion américaine de l’Irak en 2003, c’est certainement sa décision la plus significative. Il a eu très tôt la conviction que cette aventure militaire était une erreur profonde ; et si c’est Dominique de Villepin qui a mis les mots et le lyrisme du « non » français dans son célèbre discours au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est le Président de la République qui a pris et assumé la décision de rompre avec l’allié américain.

Il a ainsi épargné à la France les divisions et les épreuves de cette guerre inutile, mais aussi le discrédit profond et durable qu’a connu Tony Blair, alors premier ministre britannique, qui avait choisi de suivre aveuglément l’administration Bush.

Jacques Chirac s’était montré fidèle à son héritage gaulliste d’indépendance, et il le paiera d’ailleurs d’un grand froid dans les relations transatlantiques : on se souvient de l’épisode des « french fries » rebaptisées à Washington « freedom fries », les frites de la liberté !

J’ai été témoin d’un autre fait d’armes au Proche-Orient qui illustre sa capacité à casser les codes

C’était en 1996 à Jérusalem, au début de sa première tournée régionale en tant que Président. Il visitait la vieille ville quand il est très vite apparu que la sécurité israélienne avait décidé de lui rendre la vie dure : aucun contact possible avec les Palestiniens, et des entraves au travail de la presse dont j’ai été victime, avec d’autres. Une accumulation d’incidents qui amena Jacques Chirac à exploser devant le chef de la sécurité israélienne avec cette phrase restée célèbre : « you want me to go back to my plane », « vous voulez que je reparte en France, c’est une provocation ».

Cette scène a circulé en boucle sur les télés du monde arabe, et Chirac est devenu en un instant le héros de la rue arabe. Yasser Arafat l’avait surnommé le « docteur Chirac », qui allait soigner un processus de paix malade.

Que reste-t-il de cette politique arabe de Jacques Chirac ? 

Le problème est que les coups d’éclat et les intuitions ne font pas une politique. Comme le disent sévèrement Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, les auteurs d’un livre intitulé Chirac d’Arabie (éd. Grasset, 2006) « comme après ses incroyables victoires électorales en France, Jacques Chirac n’a rien su faire de sa relation spéciale avec le monde arabe ».

Rien « su » ou rien « pu » faire : la France ne pesait pas assez lourd pour s’opposer aux forces en mouvement, pour tuer les espoirs de paix en Palestine nés des Accords d’Oslo, ou celles de guerre générées par l’invasion de l’Irak.

Jacques Chirac a également assisté impuissant à l’assassinat en 2005 de son grand ami, le premier ministre libanais Rafic Hariri, et il en conçut un rejet profond du président syrien Bachar el-Assad sur lequel il avait pourtant initialement parié à son arrivée au pouvoir en 2000.

Il n’a pas non plus eu l’intuition des aspirations démocratiques qui naissaient, et les Tunisiens lui en veulent encore du blanc-seing qu’il avait accordé au dictateur Ben Ali lors d’un déplacement en Tunisie en 2003.

Mais avec le recul, le moment clé que l’on retiendra est ce « non » à la guerre en Irak, aujourd’hui unanimement considérée comme un désastre  historique.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.