C’est le genre de choses qui compliquent tout et n’arrangent rien. Parce que les pays sortis de l’URSS ou du bloc soviétique et donc géographiquement proches de la Russie vivent dans la peur de Moscou depuis l’annexion de la Crimée, parce qu’ils pressent tous les Etats-Unis de les protéger et que les Américains ne veulent pas ignorer ces demandes au risque de perdre leur aura en Europe centrale, Washington est en train d’armer cette région.

Hier matin, la Pologne annonçait que le premier déploiement d’armes lourdes américaines sur son territoire serait effectif sous neuf mois. D’autres déploiements de ce type devraient suivre dans les Pays baltes, en Bulgarie et en Roumanie. C’est la première fois depuis la chute du mur de Berlin que les Etats-Unis positionnent de tels armements dans les anciennes Démocraties populaires et quelques heures plus tard, hier toujours, un centre d’entraînement de l’Otan était inauguré en Géorgie, ancienne République soviétique dont la Russie a, de fait, annexé deux régions depuis 2008.

Du moment que cela ne viole aucun traité, tout pays a le droit d’assurer sa sécurité comme il l’entend. Non seulement aucun de ces pays ne bafoue là d’accord international mais, au regard du comportement russe en Ukraine, on ne peut que comprendre leurs craintes. C’est ainsi. C’est l’habituel engrenage des crises mais, pour prévisibles qu’ils aient été, ces développements n’en sont pas moins consternants et tout simplement stupides.

Ils ne feront que conforter Vladimir Poutine et une bonne partie des Russes dans l’idée que les Etats-Unis voudraient encercler la Russie en étendant l’Otan à ses frontières occidentales et méridionales. Cela ne fera que renforcer la paranoïa qui habite les plus nationalistes des Russes, l’emprise de Vladimir Poutine sur son pays, la glaciation politique qu’il lui impose en muselant toute forme d’opposition et tout cela pour quoi ?

Pour rien car ces déploiements d’armes n’ont rien pour intimider le Kremlin qui sait pertinemment bien que, France et Allemagne en tête, beaucoup de pays européens mettraient leur veto à un nouvel élargissement de l’Otan, qu’il en faudrait vraiment beaucoup pour que les Etats-Unis entrent en guerre en Europe et qu’ils ont beaucoup trop besoin de la Russie dans les grandes crises internationales pour vraiment rompre avec elle à cause de la prise d’une nouvelle ville ou région en Ukraine.

Ces déploiements ne relèvent pas d’une vision stratégique mais d'une politique à la petite semaine alors que l’urgence serait bien plutôt de mettre Vladimir Poutine au pied du mur en lui proposant l’ouverture de nouvelles négociations sur la sécurité et la coopération en Europe. Ce qui avait été possible avec l’URSS n’aurait rien d’impossible avec la Russie. Il faut échanger la neutralité de l’Ukraine et de la Géorgie contre le plein respect de leur souveraineté et organiser, pour le bien de tous, la complémentarité économique de ces deux piliers du continent que sont l’Union européenne et la Fédération de Russie. Il ne faut pas gesticuler mais voir haut et loin.

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