Où l'on voit comment Donald Trump a précipité l’effacement international des Etats-Unis

C’est le fait majeur de l’été. Avec un lunatique à la Maison-Blanche, un homme imprévisible, emporté, confus et qui tweete plus vite que son ombre, après un semestre de Trump en un mot, le monde découvre aujourd’hui qu’il ne se porte ni mieux ni plus mal sans pilote aux commandes des Etats-Unis.

Ce pays gouvernait le monde depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Rien ne se faisait sans lui et, moins encore, contre lui et puis soudain cette puissance qu’on en était venu à qualifier d’« hyperpuissance » après l’écroulement soviétique a comme disparu de la scène internationale, enlisée, perdue, noyée dans les tête-à-queue d’un président qui menace d’anéantir la Corée du Nord et n’en fait heureusement rien, tourne le dos à Vladimir Poutine après lui avoir déclaré sa flamme, se fâche, se réconcilie et se brouille à nouveau avec la Chine, en revient à l’Otan après l’avoir vitupérée et fait ainsi tout et son contraire en quelques mois sur les plus décisifs des fronts diplomatiques et militaires.

Les cinq continents en ont d’abord eu le tournis mais on s’est très vite aperçu qu’aucune des crises en cours ne s’en était réellement aggravée et qu’au-delà de son style si particulier, Donald Trump ne faisait qu’accélérer, sans plus aucun respect des règles, sur une route ouverte par ses prédécesseurs.

« America first », l’Amérique d’abord, ce n’est pas lui qui l’a inventé. Il y a longtemps que les Etats-Unis ne considèrent plus qu’ils aient d’intérêts stratégiques à défendre en Europe et s’en retirent. Cela date de la chute du mur comme l’éloignement du Proche-Orient date de Barack Obama et de l’autosuffisance énergique que les Américains ont acquise avec les gaz de schistes. Il y a bien plus longtemps encore que les Etats-Unis prônent le libre-échange mais défendent becs et ongles leur marché intérieur et leurs grandes entreprises. La seule vraie nouveauté avec Trump est qu’il dit si cash ce que son pays faisait ou amorçait depuis bien des années que le monde ne croit plus en la pérennité de l’ordre américain et en tire donc les conséquences.

Du Yémen au Qatar, les monarchies sunnites n’en font plus qu’à leur tête. Les Chinois avancent leurs pions en Asie et d’abord en mer de Chine. Vladimir Poutine cherche un substitut à ce grand rapprochement avec les Etats-Unis qu’il avait espéré sceller en favorisant l’élection de Donald Trump. L’Europe, surtout, l’Union européenne, resserre ses rangs et marchera, dès le lendemain des élections allemandes, vers des investissements d’avenir, une Défense commune et une harmonisation des économies de la zone euro.

Le temps d’un été, un nouveau monde a émergé et, si puissants soient-ils, il est désormais peu probable que les Etats-Unis redeviennent ce qu’ils étaient, le gendarme du monde.

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