Devant les ambassadeurs de France réunis à l'Élysée, Emmanuel Macron a appelé lundi à l'"autonomie stratégique" de l'Europe vis-à-vis des États-Unis.

Emmanuel Macron à l'Élysée devant les ambassadeurs de France le 27 août 2018.
Emmanuel Macron à l'Élysée devant les ambassadeurs de France le 27 août 2018. © AFP / PHILIPPE WOJAZER / POOL

Quelle différence de ton en un an ! L’an dernier, pour son premier discours aux Ambassadeurs, Emmanuel Macron décrivait, avec l’optimisme des nouveaux élus, sa vision de relance de l’Europe une fois, disait-il, les élections allemandes passées. Un an plus tard, rien ne s’est déroulé comme prévu : l’Allemagne n’est pas tout à fait au rendez-vous, l’Italie a basculé à l’extrême droite, et l’ami Donald Trump s’est révélé un ennemi de cette Europe en perpétuel devenir.

La tonalité du discours d’hier s’en ressent, plus sombre, plus inquiet face à une crise européenne assumée. Mais le Président n’entend pas changer de cap, il fait même monter les enchères, en appelant à une "autonomie stratégique" vis-à-vis des États-Unis. Une formule qui ne figurait ni dans son discours de l’an dernier, ni dans son programme européen de La Sorbonne quelques semaines plus tard.

L’expression est lourde de sens, puisqu’elle signifie se doter des moyens de ne pas être dépendant d’un autre, en l’occurrence les États-Unis, pourtant le protecteur proclamé de l’Europe dans le cadre de l’Alliance atlantique.

L’Europe est-elle prête à ce tournant ? C’est toute la question. L’autonomie stratégique, c’est le serpent de mer de la construction européenne, une longue série d’échecs et de renoncements, jusqu’à la décision de Nicolas Sarkozy, en 2009, de faire revenir la France au sein du Commandement intégré de l’Otan dont le général de Gaulle l’avait retirée en 1966. 

Jusqu’à récemment, une bonne partie de l’Europe vivait finalement très bien à l’ombre du parapluie américain - enfin jusqu’à Donald Trump. L’ère des certitudes est terminée, et c’est ce que signifie Emmanuel Macron. Il n’est pas seul : la semaine dernière, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, publiait un article très remarqué, appelant à "une Europe souveraine et forte", avec la France et les autres États.

Les 27 ont fait quelques pas importants en matière de défense ces derniers mois, plus en tous cas qu’au cours des vingt années précédentes.

Pour autant, on est loin de l’unanimité. Une "Initiative européenne d’intervention" lancée par la France en juin dernier, regroupant les pays les plus décidés en la matière, n’a réuni que huit autres pays ; l’Italie, qui devait s’y joindre, a suspendu sa signature après la formation de son gouvernement extrême droite/populistes.

L’enjeu est pourtant considérable si l’Europe veut continuer à exister dans ce monde en pleine transformation. Emmanuel Macron a lui-même posé la question : la Chine et les États-Unis pensent-ils que l’Europe est une puissance avec une autonomie comparable à la leur ? La réponse est évidemment non. 

La montée des populismes et des égoïsmes nationaux menace ce projet, et les élections européennes de l’année prochaine seront de ce point de vue un test majeur. Le risque pour Emmanuel Macron est qu’il dise aux Européens "qui m’aime me suive" … pour découvrir qu’il n’y a pas grand monde derrière.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.